RCD : le conflit éclate

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La crise se corse au sein du RCD. Elle devient, désormais publique et l’une des deux ailes en conflit risque d’y laisser des plumes, tant les accusations sont d’une extrême gravité. Le conflit a éclaté au grand jour et les deux ailes en guerre ne jurent que par la victoire l’une face à l’autre. Pour rappel et comme l’avait annoncé kab-news (lire l’article), les événements s’accélèrent au sein du RCD. Saïd Sadi, agissant par l’intermédiaire de responsables internes qu’il avait lui-même placés, Mohcine Belabbès réplique par l’exclusion de ces fidèles à Sadi (lire l’article), la crise s’intensifie et elle promet des révélations gravissimes dans les jours à venir. Dans une lettre adressée à Mohcine par des militants et qu’il a lui-même rendu publique, accusant les rédacteurs de travailler pour le compte du « pouvoir de fait », donc au profit de l’armée, la réponse de ses détracteurs et le contenu de la lettre ne laisse aucun doute sur la gravité de la situation qui secoue le RCD. Nous publions la lettre des militants avec le commentaire de Mohcine Belabbès sur sa page Facebokk et la réaction des rédacteurs, dont « la touche » de Saïd Sadi saute au yeux.

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Le document que nous rendons public et dont vous pouvez deviner facilement ses rédacteurs vise à déstabiliser le RCD en ces temps de révolution pour le compte du pouvoir de fait. Ses rédacteurs ne l’ont pas encore rendu public. Nous le faisons à leur place pour permettre un débat dans la transparence sur le RCD, son fonctionnement et son histoire. Les militants du RCD et ses dirigeants n’ont jamais refusé le débat (Mohcine Belabbès)

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A monsieur le président du RCD

OÙ VA LE RCD ?

Où va l’Algérie ? C’est le titre du livre écrit par feu Mohamed Boudiaf à l’indépendance lorsqu’il voyait le pays privé du fruit de ses sacrifices au moment où son combat touchait à son but.

Où va le RCD ? C’est la question que pose ouvertement la base militante du parti déboussolée par des déclarations publiques et des décisions internes contraires à ses idéaux alors que son projet est présentement revendiqué par la rue.

Le RCD n’a jamais été autant en danger depuis sa création.

Nous nous adressons à vous, aujourd’hui, en tant que secrétaires nationaux, membres du Conseil National, responsables des structures locales et élus du parti. Espérant voir la sagesse l’emporter, nous avons été patients et disciplinés. Avant d’entreprendre cette démarche, combien d’entre nous ont essayé d’appeler à la raison, la discussion et la transparence. Quelques-uns ont été reçus pour s’entendre dire qu’il n’y a aucun malaise et que tout va très bien, d’autres n’ont pas pu avoir d’ «audience», d’autres enfin se sont adressés à une personne qui restait sourde à des interrogations légitimes et sincères.

Se taire plus longtemps, c’est accepter de voir le RCD sombrer au moment où le peuple et le pays a le plus besoin de lui. Qui ne dit mot consent !

Notre parti traverse la période la plus difficile depuis sa création. Il est touché dans son organisation, son fonctionnement et ses principes. Il est atteint dans son âme.

Sur le plan organisationnel, le RCD est pris en otage par deux personnes. Vous et votre homme de main, Ouamar Saoudi. Les structures sont verrouillées et les promotions se font sur la base d’allégeances et même de soumissions. A vous deux, vous vous êtes érigés en instance suprême du parti, en total mépris de celles légitimes, prévues par les statuts et… des autres cadres du parti. Pour rester dans l’air du temps, vous êtes férus de caporalisation.

L’atmosphère qui règne dans le parti est étouffante. A Alger, pour exemple, la délation est de mise. Un individu, Ahmed Oubenali Alias Boussouf, sans fonction officielle, bien que rémunéré par le parti, depuis le dernier congrès. Ses « rapports exclusivement à charge » vous servent de base pour les nominations et les mises à l’écart des cadres de la capitale. Des schémas de fonctionnement analogues ou se rapprochant, sont mis en place dans les autres structures régionales du parti. Une vraie structure parallèle non statutaire jouxte celle officielle plongeant les régions dans le désarroi et la méfiance.

Vos intimes communiquent à tort et à travers et interviennent dans l’organisation du parti.

Dernier scandale en date : « Les secrétaires nationaux sont obligés de vous donner leur mot de passe Face book ! » Cette violation de la vie privée dépasse toutes les bornes. Le RCD, sous votre présidence, s’est doté d’une véritable police politique.

Le conseil national du 06 juillet 2019 a été consacré à une leçon pédante relatives aux fonctionnements des réseaux sociaux. Les membres du CN ont été menacés de représailles s’ils n’exécutaient pas les instructions personnelles du chef. Ils ont même été avertis que leur profil Face book était constamment suivi par le président. Est-ce là, la fonction pour laquelle nous vous avions élu ?

Vous avez accusé Samira Messouci d’avoir «mérité» son sort. Selon vous, c’est une agitée qui cherchait à être interpellée. Il ne vous reste plus qu’à énoncer le verdict de sa condamnation!

Mademoiselle Messouci est dans son rôle de militante, d’élue et de membre du conseil national. Elle porte notre combat aux premières lignes et ne s’est jamais adonnée à des séances photos avec photographe attitré. Elle méritait, ainsi que nos militants injustement incarcérés, d’être citée aux côtés de Mrs. Bouregâa, Benhadid ou Ghediri dans le communiqué de son propre parti, le RCD !

Pour rappel, elle est dépositaire d’un mandat du peuple qu’elle assume au nom du RCD dont vous êtes sensé être le garant moral.

Malheureusement…

Lors du dernier remaniement du secrétariat national, l’organique et les élections ont été confiés à un jeune fonctionnaire du parti, dénué de toute expérience et connaissance des structures locales et du collectif militant. Les fonctions ont-elles été créées pour placer des courtisans ? A côté du secrétariat au développement économique et social existe un secrétariat au monde du travail, en même temps que le secrétariat au développement rural est crée un autre du développement agricole etc… La promotion des laudateurs a donné un secrétariat national de 22 personnes.

Des personnes qui ont quitté le parti pour se rallier aux partis du pouvoir, à l’image de la présidente de l’aile féminine, candidate du FNA aux dernières élections locales, sont rappelés et promues sans discussion.

Plus grave, des menaces et des tentatives de corruption morales ont été directement lancées à des responsables. Les membres du Conseil National ont entendu à l’occasion de la dernière session cet avertissement : « vous devez savoir que je suis le patron. Les présidents des bureaux régionaux c’est moi. Ils sont comme des chefs de régions militaires et ils me représentent, directement. Les secrétaires nationaux ne sont rien devant les chefs de régions militaires ». Autre chantage lancé à l’adresse d’un membre du Secrétariat National : «pourquoi tu critiques comme ça ? Tu étais bien partie pour un troisième mandat ! ».

Dès leur installation, les organisations du parti sont laissées à l’abandon. Vous n’avez pas effectué un semblant de sortie sur le terrain depuis la dernière campagne des législatives.

Le résultat est là : « 9 députés ! ». Le nombre d’élus locaux chute à chaque élection. Quant aux militants, il reste quelques milliers, alors que nous en comptions des dizaines et des dizaines de milliers, il n’y a pas si longtemps.

Où s’arrêtera le culte de la personnalité et ses conséquences ? Où va-t-on ?

Sur le plan du fonctionnement, des décisions importantes et même stratégiques ont été prises par vous et votre alter ego. Les membres de votre exécutif ne sont informés que grâce à la presse.

En continuité des émissions faites sur Al Magharibia, un communiqué scellant une alliance avec un groupe où figure un certain Mourad Dhina, Ancien chef du FIDA (branche armées des GIA spécialisée dans l’assassinat d’intellectuels) a été signé par vous, sans jamais informer votre secrétariat national. Le membre de l’exécutif, chargé de la communication, appelé par la presse pour expliquer le revirement de position du RCD , a été obligé de dire qu’il fallait appeler le signataire pour des explications. Cette fois le choc était trop fort, vous avez été obligé de faire une demi-marche arrière et dire que vous avez signé le communiqué commun « à titre personnel ». Invraisemblable ! Le président du RCD signe à « titre personnel » !

Sans consulter les membres de la direction et le Conseil National, un projet de sortie de crise, improvisé, à la hâte, par votre adjoint , avec probablement votre apport , est rendu public, sans discussions aucune dans nos structures. Il y est déclaré que les législatives peuvent avoir lieu en septembre 2019 et la présidentielle en décembre de la même année. Votre tandem propose que des magistrats peuvent faire partie de la présidence collégiale de transition. Vous décidez d’éliminer arbitrairement, tout citoyen de plus de 60 ans…Un peu comme on évacue, de l’exécutif, deux jeunes pour les remplacer, par deux bons vieillards ! Le rédacteur de votre plan de « sortie de crise » a, lui-même, plus de 60 ans et il est, aussi, membre du secrétariat national. Drôle de « plan de sortie de crise » qu’on n’applique pas à soi-même. Les observateurs et même adversaires, qui prenaient, par le passé, le RCD pour un parti sérieux ne comprennent plus rien. Aucun responsable de notre parti ne peut vendre décemment ces « nouveautés ». Inévitablement ce projet est tombe à l’eau.

La crédibilité du RCD en a pris un autre coup.

Des rencontres autour de partis, sigles et personnages sont décidées par votre duo. La direction nationale a appris, dans la presse, des alliances sur des projets qui peuvent engager le parti pendant des années et même plus. Nous qui avions été les fers de lance du courant démocratique, nous nous retrouvons à nous «accrocher» à l’arrière-train du FFS, de l’UCP et du PLD. Quelle triste image que vous donnez de notre héritage, à toutes et à tous

Sur Al Magharibia, chaîne totalement dévouée au Qatar et aux frères-musulmans, vous aviez dit : «puisque le pouvoir restait sourd, toutes les actions étaient légitimes même si elles n’étaient pas autorisées ! ». Trois mois plus tard et sans consulter personne, vous polémiquez gratuitement à travers un long communiqué d’une brutalité inexplicable contre une « désobéissance civile » pacifique. Cette dernière qualifiée étrangement de « dérive gauchisante » a vite était supprimée, bizarrement, mais, après diffusion publique, sur le site du parti. Hors, la désobéissance civile n’est que l’un des moyens à employer pour atteindre l’objectif de la transition démocratique. Les deux options ne seraient donc pas antinomiques, bien au contraire. Nous devons vous rappeler que l’appel à désobéissance civile est régulièrement clamé durant les marches.

Doit-on en déduire que le RCD qui a toujours anticipé et précédé la demande populaire se met, à présent, à contrecarrer publiquement sa volonté ?

Dans le même communiqué, tous ceux qui disent que le moment est venu de penser à structurer le mouvement par la base pour éviter l’enlisement sont accusés d’être des « suicidaires ». Comme les autres, ces décisions sont prises sans concertation aucune.

Où s’arrêtera votre aventurisme ? Où va-t-on ?

Sur le plan des principes, par discipline et sincérité, nous avons suivi des propositions et appliqué des décisions qui ne nous ont pas toujours plu. Avec le recul, ces décisions auraient donc un sens et un but : « liquider le RCD ! »

La décision d’interdire la participation du RCD aux dernières manifestations commémoratives, d’avril 80, nous a surpris. Nous l’avons appliquée même à contre cœur.

Le fait de ne plus faire référence à la laïcité a soulevé des questions dans le parti mais elles ont été étouffées.

En février vous déclarez « le peuple dit dans la rue ce que le RCD dit depuis 2012 ». Avant 2012, le RCD n‘a rien fait et n’a rien dit. Où s’arrêtera l’autopromotion de votre personne au détriment des principes et repères fondateurs de notre parti ?

Le silence du parti après l’agression de l’ex-président du RCD, à Bejaia, a révolté bon nombre de citoyens. Et « l’oubli » d’inviter Dr S.SADI, à une conférence des démocrates, tenue au siège même du parti ? Cela a choqué des militants mais par discipline, ils sont restés silencieux.

Sur la chaîne Al Magharibia du fils d’Abassi Madani, des islamistes et leurs complices lancent une attaque en règle contre ceux qui ont appelé à l’arrêt du processus électoral, accusés de l’assassinat de 200 000 citoyens, crimes qu’ils ont eux-mêmes provoqués. Le président du RCD, présent sur le plateau n’a pas dit mot. Plus tard, il dira à ses proches qu’il ne faut pas être clivant et qu’il ne faut pas déranger nos partenaires. Quels sont nos partenaires ? Quand et sur quelles bases ont-ils été choisis et depuis quand sommes-nous soumis à leur humeur ?

Pour mémoire, Abderrezak Mokri qui n’apprécie guère Aboudjerra Soltani, avait été le premier à monter au créneau et défendre son ancien chef après ce qui s’est passé à la place de la République à Paris. Depuis quand des islamistes en alpaga, nous donnent-ils des leçons de solidarité militante ?!

Un président qui ne trouve pas une journée pour animer les structures du parti, c’est un problème. Un président qui se rend clandestinement plusieurs fois (au relais Badkouf) à Tizi Ouzou pour comploter avec d’anciens exclus, c’est que le danger est total.

Votre entreprise de démantèlement du Rassemblement est bien entamée.

Le RCD est menacé au moment où la Kabylie et l’Algérie ont besoin de ses militants, de ses idées et de ses principes.

La question posée par la base est simple : « pourquoi se renier et pourquoi maintenant ? »

C’est pour répondre à ces questions qui ne peuvent plus attendre et pour sauver le RCD que nous avons décidé d’animer, dans le parti, un courant « Fidélité et Transparence ». Si la raison l’emporte, ce sera tant mieux. Si l’entreprise de reniement et de destruction de notre parti continue, il nous faudra aller vers un congrès extraordinaire, seul à même de décider si les principes, le fonctionnement, la stratégie et le sigle doivent changer.

Vive le RCD

Les membres du conseil national et les élus du RCD

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La réponse des rédacteurs de la lettre avec la liste des signataires

Cette lettre qui a été partagée sur le réseau avec désinvolture par Mohcine Belabbas, était sensée rester un courrier interne qui lui est adressé. Quoi qu’on en pense, ces questionnements ont été posés par une liste de militants. Nous aurions dû avoir des réponses, à la place de cela on nous a accusé de rouler pour L’état-major de l’armée, d’être en définitive des agents de Gaid_Salah !!

Seuls les militants jugeront si oui où non nous sommes des militants ou comme le veux la propagande officielle, des vendus !

Nulle réponse, nul appel à débat, seul réaction : violer la déontologie partisane, violer les statuts et violer le règlement intérieure en diffusant une lettre frappée du sceau du secret sur les réseaux virtuellement sociaux.

Je n’en dirai pas plus. Maintenant que le président a décidé de la mettre au vu et au su de tous et même des services, les militants auront le loisir de se faire leur propre idée. Cependant, cela ne change rien, ces questions posées légitimement, méritent réponses. Ça sera possible que la réaction épidermique soit la suspension en visant une éventuelle exclusion, mais en définitive ça ne sera que de mettre la poussière sous le tapis.

Vive le RCD

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Liste des premiers signataires qui selon M le président sont des marionnettes de #Gaid_Salhi

-Réda Boudraâ ( élu APW)

-Massiva Mazari (Secrétaire nationale aux archives et à la documentation/Membre du conseil national)

-Yassine Aissiouane (Membre du conseil national/ député)

-Ameziane Sadi (Membre du conseil national)

-Samir Belaid (Membre du conseil national/PAPC)

-Lamine Zetarene (Membre du conseil national)

-Madjid Belkai (Membre du conseil national/président des jeunes progressistes)

-Hamid Aït Said (Membre du conseil national/député)

-Lila Hadjarab (Membre du conseil national/député)

-Aliane Mezaib (Membre du conseil national)

-Farid Hami (Membre du conseil national)

-Ahmed Mezahem (Membre du conseil national/élu APW)

-Rachid Hami (Membre du conseil national/membre de l’exécutif des élus progressistes/élu APW)

-Idir Samira (Membre du conseil national/élue APW)

-Remdane Cherif Djamel (Membre du conseil national/membre de la commission nationale de gestion des conflits/élu APW).

-Boubeker Chaib (Membre de la commission nationale de gestion des conflits/élu APC)

-Kaci Tansaout (Membre du conseil national/membre de l’exécutif des élus progressistes/élu APW)

-Oudali Rachid (Membre du conseil national/PAPC)

-Ahmed Heddadi (PAPC)

-Samir Houali (Président conseil communal/élu APW)

-Abderahmane Mezahem (Membre du conseil national)

-Halem Hamou (Membre du conseil national)

-Mohand Mouri (Membre du conseil national/membre de la commission régionale de gestion des conflits)

-Ahmed Hamadouche (Vice PAPC)

-Azouaou Ait Hamou (Membre du conseil national/élu APW)

-Yacine Belaid (Membre du conseil national)

-Daid Mohammed (Membre du conseil national)

-Rachid Ait Ameur (Membre du conseil national)

-Mohand Djouder (militant)

-Toudji Sami (Membre du conseil national)

-Youva Gater (Président du conseil universitaire)

-Madjid Hadef (élu APC)

-Ourrad Karim (militant)

-Said Negab (Président du conseil communal/élu APC)

-Kanoun Rabah (élu APC)

-Sadi Nour (élu APC)

-Halem Samir (élu APC)

-Amouche Mhenna (élu APC)

-Chachoua Fatiha (élu APC)

-Ahmed Fertas (élu APC)

-Fatiha Mezahem (élu APC)

-Dekik Khelifa (Vice PAPC)

-Mesloub Amirouche (Membre du conseil communal)

-Sedik Assanoune (Membre du conseil communal)

-lyes Bensafia (Membre du conseil national)

-Mohand Belkacem (Président du conseil communal)

-Ghemired abderrezak (Membre du conseil nationnal)

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