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Acharnement contre les Mozabites: qui est Mohamed Ben Salem, le chargé de mission ?

Ecrit par Hichem B

Mohamed Ben Salem, voici un nom que l’histoire retiendra immanquablement. Il s’agit, au fait, du procureur général du tribunal de Ghardaïa. Depuis son installation dans la Vallée du M’zab, Ben Salem s’est illustré par une incontrôlable instrumentalisation de l’appareil judiciaire contre les Mozabites. Ils sont, en effet, plusieurs militants et activistes de cette région à subir les affres d’une justice aux ordres. Malgré les dénonciations, les rapports accablants, Ben Salem reste indétrônable et continue sa mission contre les Mozabites. Depuis quelques semaines, le même procureur général a ordonné l’arrestation de l’avocat Salah Dabouz. Ce dernier n’a pas été tendre avec le procureur qu’il a dénoncé sans retenue. C’est depuis que nous avions décidé de mener une enquête sur ce personnage, le moins que l’on puisse, sulfureux. Pendant plus d’un mois, nos investigations nous ont mené à connaître un peu plus ce personnage, sa carrière, ses penchants politiques, sa mission et ses affaires. Nous publions en plusieurs parties le compte-rendu de notre enquête. Nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont aidé à débusquer ce personnage. 

Depuis le 22 février dernier, des millions d’Algériens sortent quasi-quotidiennement dans les rues de toutes les wilayas, réclamant le départ du système qui dirige le pays depuis l’indépendance. La revendication première et majeure des manifestants, à travers toutes ses marches et actions de rue, depuis le début du mouvement citoyen, est le changement radical du régime politique ainsi que l’établissement d’une justice libre et indépendante, s’appuyant uniquement sur les lois avec les garanties connues sur le plan international.

Malgré la formation du club des juges indépendant qui, comme les millions de citoyens, dénonce « la justice du téléphone », l’autre nom de la justice arbitraire et le trafic d’influence, Taghardayt (Ghardaïa) reste en dehors de ce souffle de changement qui embaume les quatre coins du pays, depuis plus de trois mois sur la totalité du territoire national… ou presque.

En effet, depuis les années 2000, pour ne pas remonter plus loin, la communauté M’zab continue de compter les victimes d’une justice corrompue, raciste et arbitraire. Qui est ce procureur général qui ordonne l’arrestation de tout militant mozabite qui oserait dénoncer la corruption, les détournements de fonds, du foncier et de la ségrégation raciale ? A Taghardayt (Ghardaïa), l’arbitraire a un nom, celui d’un homme qu’on désigna procureur général du tribunal de Taghardayt (Ghardaïa) : Mohamed Ben Salem.

Mohamed Ben Salem est natif d’Aïn Safra, au Sud Ouest du pays. Présumé né en 1954, il est de la tribu de Laamour, fraction des Sawala. Son « Curriculum Vitae » très controversé sème bien des doutes quant à son intégrité et la transparence dans son travail. Ses liens avec le Front Islamique du Salut (FIS) en sont, du moins confirmés. Mohamed Ben Salem, est connu pour ses penchants pour le parti islamique dissout, l’ancien Front Islamique du Salut (FIS), qui était derrière la violence en Algérie, avec le projet d’un état Islamique. Il était même en relation très étroite avec de très dangereux terroristes dont le fameux Makhloufi Laradj, bien connu dans la région de Béchar.

Il avait installé le quartier général du FIS dans la maison familiale, pendant les élections locales de 1990; et avait même organisé une très grande cérémonie à l’occasion de la victoire du FIS aux élections, en l’honneur du leader du parti islamique, selon le témoignage d’une de ses victimes, à Ain Safra, qui préfère garder l’anonymat, par crainte de représailles.

Sa « carrière »

Il entame sa carrière comme procureur de la République à El Bayad, toujours au Sud Ouest du pays. En 1975, avant d’être muté à Mesâad, dans la wilaya de Djelfa, dans les années 1980 où il avait été suspendu, à l’époque, par Ali Benflis qui était ministre de la Justice (du 09/11/1988 au 22/02/1992), puis a réintégré le corps de la magistrature avec le même grade, à l’époque du ministre Mohamed Teguia. (du 08/07/1992 au 27/11/1995). Ce n’est que plus tard qu’il fut muté à Sig, dans la Wilaya de Mascara à la fin de l’année 1992.

C’est suite à la proposition du procureur général de Mascara qu’il fut encore, une fois de plus, suspendu ensuite muté à Adrar, toujours à cause de ses penchants au parti dissout. Au mois de décembre 1992, le procureur général de Mascara avait établi un rapport accablant sur Mohammed Ben Salem, qui fut muté à Adrar, et le procureur général en question fut assassiné au lendemain de cette suspension.

Ben Salem fut désigné à la cour d’Adrar, par la suite, il fut transféré à la cour de Béchar, où il avait été chargé de présider la cour. Mais suite à un rapport accablant du général Benhadid, il fut une nouvelle fois suspendu, par le ministre Adami, après que des suspicions aient pesé sur lui pour avoir prêté main forte, dans les coulisses de la cour, à des terroristes pour leur garantir la relaxe.

Il fut désigné à la cour suprême grâce à l’intervention de son ami Alioui; et fut élu, par erreur, au conseil supérieur de la magistrature, mais le ministre Belaiz avait mis fin à ses fonctions plus tard, raconte une source du ministère de la Justice. L’article El Watan, du 27 octobre 2014, souligneà ce propos, que «Mohamed Ben Salem est connu dans les rangs de la justice pour avoir été membre du bureau permanent du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), et surtout pour avoir fait partie de la sous-commission «Paris», de supervision de l’élection présidentielle du 17 avril 2014, couvrant le nord de la France, […] il fut désigné, procureur général à la cour de Taghardayt (Ghardaïa), sur proposition du ministre Louh, avec l’appui de Saïd Bouteflika ».

Plus loin, dans ce même article, il est aussi précisé que «lors la cérémonie d’installation, […] le nouveau procureur général a, dans une brève allocution, déclaré que sa mission première est d’appliquer les dernières règles en matière de justice du président de la République, notamment la procédure juridique de la détention provisoire». Malgré ledit départ du clan d’Oujda et celui de l’ancien ministre Tayeb Louh, cette règle reste d’actualité, mais appliquée de manière arbitraire et sélective notamment contre les M’zabs. A suivre…

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Hichem B