Après 25 ans à la tête des services secrets : les graves révélations du général Toufik

69

Condamné à 15 ans de réclusion criminelle par le tribunal militaire de Blida dans l’affaire de tentative de complot contre le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, Mohamed Médiène, dit Toufik, l’ancien patron des services secrets a tout de même fini par révéler l’ampleur de la corruption sous le règne de Bouteflika. Ce même Bouteflika qu’il avait lui-même ramené et placé à la tête de t’Etat pour quatre longs mandats présidentiels.

Dans sa déclaration rendue publique par son avocats, Me Lahcène Seriak, l’ex-puissant général Toufik a estimé, d’emblée que «le complot réel et véritable qui me place devant vous en tant qu’accusé aujourd’hui, vient de mes tentatives de lutte contre la corruption. Il vient de loin ». Le général Toufik qui n’a pas brisé le silence plus de deux reprises durant toute sa carrière au sein des services a ajouté que « j’ai lancé de multiples enquêtes sur de graves dossiers de corruption et de détournement, dès que j’ai constaté avec mes services le développement considérable de la corruption au sein de nos jeunes organisations financières et industrielles, les dégénérant et les tuant dans l’œuf, atteignant l’ensemble des secteurs de la vie nationale économique et sociale ».

Graves révélations d’un général de l’armée qui détenait tous les leviers du pouvoir pendant un quart de siècle. Ses révélations ne s’arrêtent pas en si bon chemin, puisque celui que l’on craignait par-dessus tout a souligné que la situation était tel « un développement criminel oligarchique d’une corruption vite mélangée avec la politique et l’exercice des missions des pouvoirs publics, voire le fonctionnement de l’Etat. Une transformation rapide et nouvelle de cette forme de criminalité, hautement dangereuse pour l’existence même de notre nation ».

« Avec le nombre de gens mêlés aux affaires et aux trafics véreux, les appétits ont grandi. La moindre entreprise spontanée, gracieusement financée, porte sur des chiffres que l’on n’a jamais osé imaginer. La soif de faire des affaires malhonnêtes et de les faire vite et devenue générale. L’appât du gain facile a levé tous les scrupules. La spéculation criminelle antiéconomique de l’oligarchie ambiante a apporté avec elle une véritable démoralisation nationale dans l’ensemble des domaines constitutifs de notre être historique, économique et vivrier ; travail, création, patrie, honneur, honnêteté, tout cela est parti », a écrit Toufik.

« Haine populaire de l’Etat complice des voleurs et des corrompus. Le profit, le gain ne dépendent plus de l’honnêteté et du travail mais de la relation criminelle, de l’habileté criminelle à voler et à détourner. Oligarques, démarcheurs, intermédiaires, rabatteurs, publicistes financiers, politiciens, financiers ont pullulé par générations spontanées à l’ombre de l’Etat corrompu et des oligarques avec leurs fausses grandes entreprises », a-t-il encore révélé, ajoutant qu’ « enhardis, ces oligarques et leurs complices institutionnels ont introduit dans notre pays le principe systémique des pots de vin et des pots de miel, des commissions faramineuses devenues un véritable «cancer» des projets publics, comme la Sonatrach, l’autoroute Est-ouest. Ils ont mis en place des organisations criminelles formant par leurs ramifications mondiales et internes une «puissance occulte» dans les rouages de l’Etat, qui doit compter avec elle pratiquement sur tout ».

« Ténébreusement, sournoisement, officiellement, tout un personnel institutionnel criminel et chaque jour plus nombreux avait étendu un habile réseau destiné à compromettre et corrompre les plus honnêtes de nos citoyens et de nos responsables », accuse le général Toufik, considérant que « la corruption allait donc faire disparaître littéralement et physiquement notre jeune nation, ses territoires et ses richesses nationales, voire son peuple dépossédé de toute valeur de vie composée ».

« Je persiste à croire, malgré le mal fait à ma famille et à mes enfants, aux principes qui animent celles et ceux qui luttent contre la corruption destructrice, que mes initiatives d’enquête contre la grande corruption demeurent le fer de lance de mon devoir accompli, même s’il doit me coûter très cher, voire le prix de ma vie », a-t-il dit, sans pour autant évoquer les accusations portées contre lui par le tribunal, à savoir complot contre l’Etat et l’armée.

Comments
Loading...