Assassinat d’Ameziane Mehenni, au nom de la raison d’Etats

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Qui sont les auteurs et les commanditaires de cet ignoble assassinat ?Est-elle une affaire de droit commun ou un assassinat politique ?Dans quelles circonstances exactes s’est déroulé le drame ?Comment l’enquête diligentée par le parquet a été menée par les fonctionnaires de la brigade criminelle ?Quelles sont les résultats des investigations ? Autant de questions auxquelles nous essayerons de répondre avec le plus de précisons possibles.

La scène du crime. Le dimanche 19 juin peu avant deux heures du matin, Ameziane Mehenni est agressé par deux individus de type « nord-Africain » au 100 boulevard de Clichy dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Poignardé au niveau du cœur, son corps gisait dans une marre de sang sur le terre-plein qui sépare les deux voies de circulation non loin de la place Blanche. Transporté à l’hôpital Bichat dans un état critique, il décéda le même jour vers midi.Selon le rapport de l’autopsie le décès est dû à une hémorragie intra-thoracique. Une plaie au niveau de la poitrine de trois centimètres de large et une perforation du ventricule droit, causée par une lame d’environ 16 centimètres de long et 2.6 centimètres de large. La violence du coup a causé la section de la quatrième côte. Des blessures au visage, au coude et au genoux droit.Le lieu du crime : L’agression s’est déroulée sur le terre-plein séparant le neuvième côté impair et le dix-huitième arrondissement de la capitale côté pair, entre le 104 et 106 boulevard de Clichy.

Entre la place Clichy et la place Blanche, tout en bas du quartier de Montmartre. L’endroit correspond à un haut lieu de la vie nocturne parisienne, il est surtout connu par rapport au cabaret « Le Moulin Rouge » et la discothèque  » La Locomotive « . Des bars de nuits et des discothèques forment la majeure partie des commerces du quartier. De jour comme de nuit l’endroit est bondé de monde, surtout un samedi soir du mois de juin.Mais qu’est ce qui s’est passé ce soir là exactement ?Selon les témoignages concordants de plusieurs personnes présentes sur le lieu du crime, il n’y avait pas eu de bagarre. Les auteurs du crime se sont dirigés directement vers la victime, qui ne se connaissaient pas selon les informations recueillis plus tard, lors des auditions. Atteint par un coup de poing au visage, Améziane s’est retrouvée par terre, l’un des agresseurs lui assène un coup de pied, pendant que l’autre faisait le guet. 

Aucun des témoins n’avait déclaré avoir vu l’arme du crime, ou distingué le moment où le coup de couteau est parti. La scène a duré à peine trente secondes, les deux agresseurs avaient quitté les lieux « tranquillement » vers la place Clichy, selon l’un des témoins R.M, qui se trouvait à une soixantaine de mètres. Améziane s’est relevé et s’est dirigé vers le banc public où il était assis pour récupérer son sac de sport et le sac en papier du Quick. A peine une dizaine de mètres plus loin il s’écroule, gisant dans une marre de sang. Arrivé sur place des témoins dont un Australien M.N, appellent les secours, pendant qu’un autre A.S se dirigeait vers place Blanche dans l’espoir de tomber sur une patrouille de police, fréquente dans le coin. A 02h15 une voiture de police arrivait sur les lieux, trouvant une foule entourant la victime gisant par terre. Les policiers ont du dispersé les curieux pour permettre à l’équipe de secouriste de travailler dans de bonnes conditions. Aucune arme n’est retrouvée sur place. Les objets de valeurs, argent, cartes bancaires et les papiers d’identité d’Améziane n’ont pas été volés. Le mobile du larcin est dores déjà à écarter.L’affaire est confiée au commissariat du 18ème avant d’être dessaisie par la magistrate en charge. Elle atterrit dans les bureaux du 36 quai des orfèvres, dans les mains du commandant P. Dieppois. L’autre agression à l’arme blanche sur les mêmes lieux.Selon le rapport de police entre 00h30 et 01h30, une agression similaire contre un certain T.R, d’une moindre gravité, s’est produite non moins du lieu du crime, du côté du neuvième. Les auteurs sont identifiés au nombre de trois : un nord Africain et deux Africains, individus qui se trouvaient dans un état d’excitation. Selon la victime, l’auteur du coup de couteau qui l’avait blessé au bras était un nord-Africain. Il déclare remarquer les pupilles dilatées de l’agresseur. Thèse confortée par M.D, témoin de la scène , qui confirme avoir aperçu une bouteille de vin ou de bière en possession de l’un des agresseurs. Témoin qui décrit les auteurs comme étant des excités bruyants qui invectivaient tout le monde sur leur passage.La manip de trop :La brigade criminelle fait de cette affaire l’argument irréfutable pour classer le crime dans la catégorie du droit commun. 

La répartition des origines parmi le groupe des trois agresseurs initialement établie comme étant : deux Africains et un nord-Africains est remise en cause. Le doute est semé pour tenter de faire dire que finalement il y avait deux nord-Africains et un Antillais. Tailler une version qui corroborerait avec la deuxième agression.Le deuxième argument avancé, est que la victime est un habitué des lieux. Les recoupements entre la facturation de sa carte bancaire et les communications téléphoniques, font apparaître qu’il fréquentait assidûment l’endroit et ses environs. A moins que cette enquête soit destinée pour déterminer la moralité de la victime. Cet argument vaut aussi pour la thèse de l’assassinat politique. Selon l’entourage immédiat d’Améziane, il passait la nuit dans plusieurs endroits différents, ce qui rendait sa filature difficile.L’agression qui confirme l’assassinat politique.

Plus d’un mois plus tard, vers fin Juillet un témoin Z.B affirme avoir reçu des menaces verbales dans ces termes « on va t’envoyer dans un cercueil comme Améziane ». Suite à la perte d’une vraie fausse carte de résidence dans un Café à La Courneuve, fréquenté assez régulièrement par le père de la victime.Plus tard, le même témoin se réfugie au commissariat de la même ville vers deux heures du matin. Pourchassé par trois individus à bord d’une voiture. Selon ses dires, il n’a dû son salut qu’aux barreaux qui interdisaient l’accès à l’intérieure de la cité du côté de l’hôtel de ville de La Courneuve. Transporté à l’hôpital De La Fontaine de St Denis dans un état de grande détresse, d’après le rapport de police. Le psychiatre qui examina la victime, diagnostiqua un état de psychose aiguë dû à des événements tragiques vécus par la victime. Le lendemain, le témoin déposait une plainte pour tentative d’homicide volontaire. En révélant qu’il est convoqué dans le cadre de l’enquête de l’assassinat d’Améziane Mehenni, deux fonctionnaires de la brigade criminelle de Paris sont dépêchés sur les lieux.

Lors de son audition par le commandant du 36 quai des orfèvres, il relata ses mésaventures depuis cette fameuse histoire de fausse carte.Décidé à ne pas entendre une autre version que celle qu’il avait fixée d’avance l’officier police menait les débats à sa guise. L’enquête consistait à confirmer un résultat, ainsi M. P.Dieppois donnait l’impression de se chercher des éléments à sa version des faits. Il contesta la véracité des faits rapportés et qui n’allaient dans le sens de sa vérité. Devant l’entêtement des fonctionnaires de police, le témoin épuisé par une nuit mouvementée et sans sommeil, pendant laquelle les médecins l’avaient bourré de tranquillisants, battait en retraite. Surtout qu’il s’était avéré en situation irrégulière, . Le commandant poussa le bouchon jusqu’à le menacer d’expulsion, s’il persistait à impliquer le personnel diplomatique algérien accrédité en France. Ni l’attaché militaire, ni les deux autres fonctionnaires ne figuraient dans la déposition.Conclusion :Améziane Mehenni est assassiné un samedi soir, du mois de juin, dans l’un des endroits les plus fréquenté de la capitale parisienne.

Deux semaines auparavant à l’aéroport d’Alger, son père Ferhat est menacé par un individu dans ces termes : « Vous, les Kabyles, allez payer votre engagement politique contre l’arabo-islamisme et l’autonomie de la Kabylie ne se fera pas, car nous mettrons tout en oeuvre pour vous faire regretter vos prises de position contre le gouvernement algérien ». D’un seul coup de couteau fatal, reçu des mains de deux agresseurs de type nord-Africain. Ces derniers ont quitté les lieux tranquillement. Précision, sang-froid et transparence, le professionnalisme des auteurs est criant d’efficacité. Trois ans après les auteurs courent toujours.L’enquête est dirigée de manière plus que subjective par le Cdt P. Dieppois, pour ne s’intéresser qu’au détail ramenant l’affaire vers un crime relevant du droit commun. Dix jours après dans le rapport remis au procureur de la République, l’enquêteur se plaignait de la rareté des témoins. Dans un autre rapport rédigé par le premier policier arrivé sur les lieux, il est révélé que ce dernier a dispersé le groupe de personnes pour dégager un périmètre de sécurité.La famille Mehenni et tous ceux qui luttent pour que soit faite la lumière sur cette affaire et que la justice soit rendue, ne prétende pas s’en prendre aux États. Juste aux exécuteurs et aux cerveaux qui ont armé ces mains d’assassins. Qui peut expliquer un jour à son fils, que ce qu’il a dans l’assiette est une partie du sang d’un innocent.

L’affaire Améziane Mehenni trouvera son épilogue dans la volonté politique de la France de désacraliser la raison d’État. Refuser de creuser le côté politique de l’affaire, est une manière d’empêcher la vérité d’éclater. « Une société n’est forte que si elle met la vérité sous la grande lumière du Soleil. » E. Zola.

 

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