Démission de Salima Ghezali de l’APN : trop tardivement ou trop vite ?  

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Salima Belkessam Ghezali, élue sur une liste FFS à Alger décide finalement de quitter l’Assemblée nationale. C’est elle-même qui a rendu publique l’information via une lettre de démission qu’elle a adressée au président de l’Assemblée. Dans son texte, la désormais députée du FFS, même si exclue du parti par l’équipe de Laskri, Salima Ghezali est restée « une icône » qui a côtoyé le chef historique, le défunt Hocine Ait Ahmed. Dans sa lettre de démission, Salima Ghezali justifie les raisons qui l’ont conduite à siéger dans une assemblée sans aucune prérogative.

Accepter d’être élu dans cette assemblée croupion est déjà un soutien au régime, faut-il le dire. Salima Ghezali ne doit pas perdre de vue qu’avant elle, plusieurs élus ont claqué la porte de l’hémicycle Zighout Youcef. A l’image de Khaled Tazaghart qui a remis son mandat au début du soulèvement de la rue, mais aussi d’un élu FLN, en la personne de Sid-Ahmed Ferroukhi, ancien ministre de l’Agriculture. Ensuite, des députés du Parti des travailleurs (PT), ont quitté l’assemblée.

Le geste de Salima Ghezali ressemble de près à un examen de conscience qu’à un acte militant. Sinon, pourquoi n’a-t-elle pas quitté au début du soulèvement comme l’ont fait d’autres élus ? Dans ses tentatives de justifier les raisons de sa démission, elle a estimé qu’elle ne l’a pas fait « quand le peuple est sorti massivement, dans un mouvement national et pacifique, pour s’opposer à un odieux cinquième mandat et réclamer le départ d’un système autoritaire et corrompu », parce que « je me suis laissé convaincre qu’à une demande collective aussi forte, il fallait une réponse institutionnelle qui offrirait une alternative ordonnée et forte ». « Une réponse institutionnel» n’est autre que synonyme de maintien des institutions du régime que le peuple combat depuis 8 mois.

«Djeich chaab khawa khawa, scandé par le peuple sur l’ensemble du territoire national offrait une occasion en or de sortie de crise à une ANP dont le bilan de la décennie 90 pèse encore douloureusement sur les équilibres précaires d’une conscience nationale meurtrie par l’arbitraire et les violences, aggravées par les outrances des années Bouteflika », a-t-elle écrit, comme pour détourner, aussi rapidement le débat vers les années 90 et l’arrêt du processus électoral, seule forfaiture du régime, selon la conception des adeptes de Saint E’gidio.

«Après un premier geste d’accompagnement du peuple par la démission forcée du Président et un engagement à bannir la violence, le commandement de l’ANP s’est vite révélé atteint des mêmes limites que la classe politique : Absence de vision stratégique alternative pour le pays réel. Doublé d’une gestion aléatoire des mêmes pulsions suicidaires qui ont conduit à l’effondrement des Etats dans notre environnement le plus proche », a-t-elle analysé la situation, avant d’évoquer le mouvement populaire, lequel, selon elle, sept après son irruption « aucune offre politique institutionnelle n’est à la mesure des défis à relever : la sagesse se résume à l’inertie et l’audace reconduit les mêmes alignements inconditionnels. Tout l’édifice institutionnel avec son gouvernement, sa représentation politique et son système partisan, son administration et ses médias se sont révélés réfractaires au changement ».

«La situation actuelle du pays, partagé entre partisans et adversaires du scrutin présidentiel, ne fait que jeter, dans les tribunaux et dans la rue, un conflit, généré par et autour du Pouvoir, que ce dernier refuse de régler au sein de ses arcanes, préférant, à son habitude, en faire supporter le poids et les retombées désastreuses sur l’Etat et le peuple, tout en gardant le monopole de la décision », a estimé Salima Ghezali, ajoutant que ceci « est une forfaiture qui s’ajoute aux précédentes. D’autant plus impardonnable que le peuple est sorti, uni, pacifique et organisé en tirant les leçons politiques du passé. Tout au contraire du régime dont la culture arrogante et irresponsable continue d’inspirer les conduites du Pouvoir.

«Quand le politique ne peut rien changer, c’est qu’il n’y a pas de politique », conclut-elle sa lettre de démission comme pour dire que son élection au poste de députée n’a pas servie à grand-chose. La question qui reste posée : pourquoi Salima Ghezali quitte seule l’APN ? Pourquoi n’a-t-elle pas drainé avec elle les autres députés du FFS, surtout ceux qui se sont solidarisés avec elle contre l’équipe de Laskri ?

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