ENQUËTE/ Cité universitaire M’douha de Tizi-Ouzou : immersion dans un univers de drogues et de prostitution

24 287

D’aucuns pensaient que le milieu universitaire est prémuni contre les fléaux qui rangent la société, ou du moins, préservé par cette haute idée que se font les citoyens de l’université et des études supérieures. Sauf que rien n’est sûr puisque le milieu universitaire est devenu l’un des vecteurs les plus puissants de la drogue, de la prostitution et toutes sortes de trafics. A Tizi-Ouzou, une cité universitaire se distingue essentiellement par le fait qu’elle est le centre où transit la drogue et le milieu où se recrutent les prostituées. Il s’agit de la cité universitaire des filles de M’douha.

Elle est l’une des plus anciennes cités universitaires de Tizi-Ouzou, mais comme il fallait en finir avec la contestation politique qu’a portée l’université Mouloud Mammeri depuis son ouverture durant les années 70, le procédé pour « casser » l’université a été vite trouvé et les promoteurs n’hésitaient pas à mettre au pas un lieu de savoir et de connaissance.

Les cortèges de voitures incessants devant la cité de M’douha

Elles sont, en toute vraisemblance, des étudiantes sans histoires. Venues, soit des villages ou d’autres wilayas du pays, mais elles ne savaient pas que leur vie allait basculer une fois le portail de la cite U franchi. Tous les trafics pratiqués à l’intérieur de la cité sont alimentés par un réseau où sont impliqués responsables de l’université, policiers, agents de services, nababs locaux…

Les recrutements 

Comme tous les chefs de bandes, les recrutements dans le milieu de drogues et de prostitution sont quasi-identiques. Il suffit de miroiter « une vie meilleure » à des éléments « fragiles » pour assurer leur adhésion. « Ils m’ont invité à un anniversaire par l’intermédiaire d’une amie en dehors de la cité », témoigne une jeune étudiante résidente à M’douha. « J’ai accepté car il s’agissait d’un anniversaire d’une autre amie, mais une fois dans l’appartement, j’ai retrouvé 5 jeunes qui ont tout pris en charge », a-t-elle ajouté. Cette jeune étudiante, originaire de Boghni sait mieux que quiconque que sa vie ne serait jamais comme elle était auparavant. « J’ai accepté de sortir seule avec un des jeunes rencontrés lors de la fête d’anniversaire parce qu’il est policier et je pensais qu’avec lui, aucun malheur ne me touchera », raconte-t-elle.

Cette jeune étudiante ne cache plus son amertume. « Ce réseau contrôle y compris le comité des étudiantes qui devait, en toute logique, défendre le droit des résidentes, mais hélas, il est un instrument entre à la fois l’administration et un réseau de drogue et de prostitution ». Interrogée sur le profil de étudiantes recrutées, notre interlocutrice explique que les jeunes étudiantes sont choisies en fonction de leur « disponibilité » et leur « courage » à franchir le pas. « Nous ciblons les filles pauvres en l’aidant par-ci, par-là et de temps à autre », détaille-t-elle. « C’est d’abord un appât et une souricière pour l’avoir dans l’escarcelle », dit-elle en rigolant. Cette jeune fille est mère d’une petite fille née d’une relation extra-conjugale. « C’est le directeur de la cité qui m’a déplacé à la clinique pour accoucher », a-t-elle dit.

Quant au réseau auquel elle appartient, elle a avoué qu’il est formé principalement d’une vingtaine de fille. Nous avons d’abord la plus célèbre que l’on appelle « Laaridha » (tazurant) « la grosse ». « Elle s’appelle B. Kahina. Elle est recrutée par l’administration en tant qu’OP. Une autre source a souligné que les recrutements dans ces réseaux se font également lors des galas artistiques. « Généralement, seules les membres du comité ont le droit de filmer les filles dans la piste de danse, et c’est à partir de ces vidéos qu’elles repèrent les filles à recruter », explique notre source. Ci-dessous une vidéo d’un spectacle d’un jeune artiste du raï lors duquel une dizaine de jeunes étudiantes ont été filmées et approchées pour leur éventuel recrutement.

 

Le réseau de drogue 

Elle a cité également une certaine H. L. Sabrina, surnommée « Baby », T. Lilia. « H. L. Sabrina et T. Lilia sont chargées d’acheminer la drogue à partir d’éléments du réseau d’Oued Ksari, activant à l’intérieur de la casse-auto de la région », apprend-t-on auprès d’une autre étudiante. Cette même information a été confirmée par notre première interlocutrice qui a avoué avoir acheminé, elle aussi, de la drogue à partir d’Oued Ksari à l’intérieur de la cité. « Elles sont des habituées et le réseau interne à la cité est alimenté par celui d’Oued Ksari », a dit une autre étudiante, qui assure avoir était témoin d’une opération d’acheminement de la drogue à l’intérieur de la cité pour les besoins de consommation à la veille d’un spectacle assuré par un chanteur du raï. « Ce réseau est essentiellement alimenté par A. Amina et T. Katia. L’une est fille d’un médecin et l’autre est droguée », explique une ancienne résidente à M »douha. « Ces deux sont chargées d’alimenter le réseau en psychotropes », a-t-elle souligné, précisant que le réseau de la cité U de M’douha « sert aussi de base arrière au réseau qui active dans les campus, car parfois, de grandes quantités sont dissimulées dans les chambres de certains membres du comité pour alimenter les campus ». Les témoignages d’autres étudiantes sont unanimes à accuser « certains » agents de sécurité d’être de « connivence » avec ces jeunes droguées. « Elles ont des soutiens parmi les agents et ceux de l’administration aussi », accuse une jeune étudiante.

Protection et impunité 

Après avoir recueillis les propos de plusieurs étudiantes, une d’elle a attiré essentiellement notre attention. En effet, elle a avoué que durant sept années de « loyaux services » au profit du réseau, elle a fini par être recruté comme agent d’administration au campus de Hasnoua. Par quel miracle une jeune étudiante « défaillante » a-t-elle pu décrocher un poste sans avoir le diplôme requis? Pour cette jeune fille, « le procédé est simple ». « J’ai recruté pas moins d’une dizaine fille pour le réseau et à 26 ans, je dois faire ma vie », a-t-elle dit, sans donner plus de précisions. Après notre insistance, elle a avoué qu’elle a « payé » son post. « J’ai mis de l’argent de côté avec lequel j’ai acheté mon accession à l’examen oral du concours et la bas j’en ai eu aucun souci pour le décrocher, car  l’examinateur a été approché la veille par mes amis », a-t-elle dit. qui sont ses amis ? Un ancien responsable à l’université semble connaître assez bien le réseau.

« C’st un agent de la police qui assure la protection des membres de ce réseau », dit-il, ajoutant que « même des agents des services secrets sont impliqués ». Le réseau, tel que conçu est d’autant plus puissant qu’il a des ramifications dans d’autres université notamment Oran et Sidi Bel Abbas et même à Relizane.

le hidjab, la mosquée et la pornographie 

Au milieu de trafic qui empoisonne la vie des étudiantes, une étudiante originaire de Relizane s’illustre essentiellement par sa manière d’organiser les sorties nocturnes. « Elle est venue à la cité avec un hidjab, mais au bout de quelques semaines, elle a enfilé sa jupe courte et a laissé ses cheveux en l’air », témoigne deux résidentes qui l’ont connu à son arrivée. « Elle est originaire de Relizane et c’était grâce à elle que le réseau a tissé des connexion avec les université de l’Ouest du pays », ont-elles dit, précisant que cette jeune étudiante « a été recrutée dans le réseau bien avant son arrivée à Tizi-Ouzou ».

« Elle est la spécialiste du volet prostitution », disent d’autres étudiante et un agent de sécurité à la cité de M’douha. Pour ce jeune agent, « c’est elle qui recrute pour le réseau de prostitution à partir de la cité pour les bars et autres cabarets de la région, notamment ceux de Boubhir ». Interrogé sur la position de l’administration et de la direction de la cité, il a avoué qu’ils étaient tous menacés de licenciement s’il tentent une quelconque action contre ces jeunes filles. « J’ai peur de me retrouver face à des policiers et des dealers alors que je suis là pour gagner ma vie », a-t-il dit. « L’ancien directeur Abderrahmane Hessas a compris le manège et a laissé faire », a dit une résidente qui assure avoir informé un cousin à elle policier, mais qui n’a pu rien faire. « Il m’a dit qu’il ne peut rien faire puisque l’un de ses supérieurs est impliqué directement dans ce même réseau ».

Cette jeune fille est chargée, également, de l’organisation des rencontre à Relizane, Ora, Sidi Bel Abbas notamment entre ces jeunes étudiantes et des proxénètes. « Les clients sont généralement les enfants de militaires et autres hommes d’affaires », précisent plusieurs étudiantes, dont un a déjà participé à deux « excursions nocturnes » vers Oran et Sidi Bel Abbas. Depuis quelques mois, elle cherchait des connexion avec les autres cités filles de la ville des Genêts pour agrandir le réseau, notamment à Bastos.

Cette jeune étudiante de Relizane a formé un groupe de quatre autres filles avec elle. Toutes habituées de la mosquées à travers laquelle elles se donnent l’allure de « fille de bonne famille », elles ont fini par recruter parmi les « fidèles » qu’elles ont utilisé comme appât pour « convaincre » d’autres filles.

L’implication de certains policiers dans le réseau de drogues et de prostitution de M’douha est confirmée par plusieurs autres sources. L’une d’elle a même donné les noms de quelques policiers que nous avions choisis de ne pas rendre public pour le moment. Notre source a spécifié que ce sont ces policiers qui assurent l’impunité à ces jeunes filles et à leurs parrains.

Voici donc une partie de l’enquête. Nous avions choisi de ne publier que cette partie pour le moment, puisqu’une manipulation d’un média électronique plagiaire a tenté d’orienter l’enquête sur ce réseau de M’douha. Ce même site dit d’information a été chargé par un groupe au sein de l’université pour détourner l’opinion vers des problèmes encore moins « graves » que l’état de fait dans cette cité universitaire. Ce même média n’a rencontré aucune étudiante et encore moins aucun responsable. Une enquête « imaginaire », mais qui a coûté plusieurs millions de centimes à celui qui l’a commandée.

La cité de M’douha est généralement animée la nuit.
Comments
Loading...