Enquête / Université de Tizi-Ouzou : quand la voyoucratie chasse le savoir

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La situation au sein de l’université de Tizi-Ouzou est dramatique. Violence, drogue, passe-droits, prostitution, répression…, tel est le quotidien des étudiants qui subissent, avec la complicité des responsables, le diktat des voyous. Après une enquête sur les lieux et un échange intense avec des étudiants et des enseignants, le constat fait est sans appel : l’université est devenue un lieu quelconque, un lieu de débauche, de soûlerie et de drogue. Voici en substance les résultats de l’enquête.

L’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, jadis temple des luttes démocratiques et bastion des libertés syndicales, devient, par la volonté de ses ennemis de l’extérieur comme de leurs complices de l’intérieur, le théâtre d’une dégradation désolante.

On y trouve de tout sauf de la pédagogie et de la recherche. Toutes les bonnes volontés sont brisées et les voix discordantes tues par des responsables qui semblent missionnés, pour mettre en coupe réglée cette université qui dérange tant. On laisse, alors, agir des truands et des bandits et on casse les enseignants sincères, les étudiants syndicalistes engagés et les fonctionnaires probes.

Les fléaux y trouvent leur place de choix : telle une cité des quartiers nord de Marseille, les campus comme les cités universitaires vibrent au rythme d’un marché de drogue et de stupéfiants dynamique. Profitant des franchises universitaires qui protègent des assauts des services de sécurité, des bandes de malfrats parmi les étudiants défaillants et leurs acolytes extra-universitaires s’adonnent à un marché florissant de stupéfiants. Des transactions dont le montant hebdomadaire s’élèverait à une moyenne de 400.000 DA (40 millions de centimes). Ce qui aiguise les appétits et provoque des guerres de bandes régulièrement notamment à Hasnaoua où deux ou trois sites semblent être la matrice. Le plus en vue est le département anglais qui voit son 3ème étage conquis par des étudiants défaillants et des voyous, connus des services de sécurité et des responsable de sécurité, pour toutes sortes de fléaux. Plus choquant, le bureau de recherche N° 3.10, appartenant à l’actuel recteur, est l’office de ces transactions occupé par un groupuscule dangereux armés de sabres et de couteaux et menaçant même ceux qui oseraient s’aventurer sur les lieux et déranger leur commerce.

Les comités de cité universitaire, notamment dans les résidences filles, sont dirigés par des extra-universitaires, comme c’est le cas à M’douha et Hasnaoua où les indus-syndicalistes exercent en toute impunité la vente de drogue, de l’alcool, le chantage et la prostitution. Des rapports accablants adressés aux différentes parties sont restés lettre morte. A qui, alors, profite, cette situation ?

Entre temps, les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants sont livrés à des conditions de travail intenables. Un surnombre étouffant, des infrastructures délabrées, des moyens insignifiants et un laisser-aller dangereux des responsables en place. Les enseignants réfractaires à cet état de fait sont dans le collimateur des responsables actuels qui n’ont pas trouvé mieux que de leur coller l’étiquette de « séparatistes », «autonomistes » dans des rapports régulièrement adressés aux services de sécurité. Des procédés honteux qui ont brisé la carrière de brillants chercheurs à l’Université de Tizi-Ouzou.

Les commissions de discipline sont mises en veilleuse par le recteur qui a réhabilité tous les étudiants exclus. De ce fait, l’impunité est devenue légion et les étudiants barbouzes malmènent, chaque jour, l’université : le copiage et la triche sont devenus monnaie courante, l’insulte et la violence sont le langage quotidien que subissent les enseignants et les fonctionnaires, les étudiants pris en otage par des « déclencheurs de grèves », tout cela avec la complicité d’une administration occupée à plaire aux puissants du pouvoir quitte à torpiller l’Université qui porte jalousement le nom de Mouloud Mammeri.

La sonnette d’alarme est tirée. Il ne se conçoit pas que l’Université qui a tant donné à la science, à l’économie et à la démocratie soit transformée, par la complicité des résidus du système, en un antre de tous les maux. L’heure est grave.

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