Entretien avec Hemmu At Wumdin, porte parole du RPK

39

Le porte parole du RPK, rassemblement pour la Kabylie Hemmu At Wumdin revient dans cet entretien à kab-news.com sur la situation exceptionnelle que traverse le pays. Il développe ici la lecture politique que font les autonomistes kabyles,  des récents bouleversements qui traversent l’Algérie en général et la Kabylie en particulier. Sans langue de bois ni faux-fuyant, il nous livre une analyse rigoureuse de la situation.

L’Algérie vit depuis plus d’un mois une révolte populaire inédite dans l’histoire du pays. Quelle lecture faites- vous de cette situation politique actuelle?

Je pense que nous sommes en train de vivre une grande transformation sociale en Algérie. La révolte populaire est inédite par son ampleur mais aussi par sa nature. Les modèles classiques de lutte populaire contre les autoritarismes ont été bouleversés. La jeunesse a émerveillé le monde dans sa manière de rejeter le système établi. Pourquoi ? Je pense qu’au-delà de l’aspect politique, c’est le sentiment d’humiliation, c’est l’atteinte à la dignité humaine, qui ont été le véritable carburant de cette mobilisation. C’est dans les outils de la psychologie-sociale qu’on trouvera les meilleures réponses. Nous savions que le système était à bout de souffle et incapable de se régénérer, mais personne ne pensait que le pouvoir, pour ce maintenir, allait proposer un homme moribond, incapable de dire deux mots à son peuple. Le système Bouteflika est mort avant même la mort de celui qui l’incarne.Maintenant comment la situation va évoluer, je pense que personne ne peut se hasarder à le dire puisque tout dépendra de l’attitude du commandement militaire qui, lui seul, peut intervenir pour aller dans le sens ou dans l’autre des attentes populaires. La classe politique, qui veut se placer dans l’opposition, a du mal à s’installer dans la dynamique populaire pour incarner une alternative, elle vit le même syndrome qui a été vécu par le FFS et le RCD au cours des événements de 2001 en Kabylie.

La Kabylie participe activement à ce mouvement de protestation inédit. Au moment ou des voix appellent à défendre « les intérêts de la Kabylie d’abord ». Quelles sont les précautions à prendre selon vous pour que la Kabylie ne soit pas engloutie dans une deuxième république, à l’image de l’Etat-nation en cours depuis 1962 en Algérie ?

La Kabylie doit participer activement à cette protestation pour une simple raison c’est son combat. Depuis au moins la guerre du FFS en 1963, la Kabylie n’a jamais arrêté de s’opposer au pouvoir autoritaire algérien. Nous avons payé le prix fort en 2001 avec l’assassinat de 127 personnes dont la plupart ce sont des jeunes, et il faut le noter dans l’indifférence totale de la communauté nationale. A ce titre, dans ces manifestations nous ne pouvons être que des hôtes et non des invités. Aussi j’ai envie de dire à ceux qui disent « les intérêts de la Kabylie d’abord » que c’est de la première importance de faire aboutir notre combat et de ne pas se mettre en marge. Ceci étant dit, comme tu le dis il faut prendre des précautions et ne pas se laisser entraîner par un autre travers, à savoir « l’Algérie d’abord et le reste on le verra après ». Dans tous les processus politiques qui seront engagés, nous devons être des acteurs forts pour mettre en avant nos valeurs et nos aspirations, aussi en tant que Kabyles. Nous avons un particularisme qui ne doit souffrir d’aucun différé pour être satisfait. La deuxième république, pour être pérenne, doit avoir pour socle un nouveau contrat d’unité nationale. Sans la refondation de l’Etat et l’acceptation de la nation algérienne comme nation multiculturelle composée par plusieurs communautés et peuples, nous irons droit vers des crises et la désunion.

Quelles les propositions de votre mouvement pour une sortie de crise générale pour l’Algérie et particulière pour la Kabylie?

Pour être franc la direction du RPK ne s’est pas prononcée officiellement sur une sortie de crise, le débat est toujours engagé entre nos cadres. Mais en ce qui concerne la Kabylie, nous restons convaincu quelque soit l’issue de ce mouvement de contestation, notre rôle et notre combat est dans la consécration d’un statut particulier de la Kabylie. C’est aussi de cette manière qu’on peut contribuer à une véritable démocratie, une démocratie qui exclue la domination de la majorité.

Votre mot de la fin?

Mon dernier mot est un appel à tous nos amis souverainistes kabyles de l’URK, du MAK pour aller à un véritable compromis historique. Il y a assez d’intelligence et de forces entre nous pour éviter que ce qui s’est produit en 1962 ne se reproduise pas en 2019. Le seul préalable est que chacun de nous respecte la souveraineté du peuple kabyle dans ce qu’elle est et non dans ce qu’on voudrait qu’elle soit. Il y a des remises en cause qui ne sont que des remises en question et pas des reniements, nous avons tous le devoir de faire acte de lucidité politique si on veut réellement avancer.

Comments
Loading...