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Entretien avec Salah Dabouz, avocat en grève de la faim illimitée

Salah Dabouz lors d'une manifestation des avocats
Ecrit par Hichem B

Salah Dabouz, avocat et militant politique nous livre dans cet entretien les raisons pour lesquelles il a entamé une grève de la faim illimitée depuis 10 jours. Il évoque la situation que vivent les militants politiques dans la vallée du M’zab et dénonce les pressions de la justice contre ces activistes. A noter que cet entretien a été réalisé une semaine après l’entame de cette action par l’avocat.

  • Plusieurs jours de grève de la faim, comment vous vous sentez vous ?

Je tiens le coup pour le moment, je dors beaucoup, je ne bouge pas trop, je bois beaucoup d’eau, je me suie fait examiner par un médecin, tout vas bien pour le moment, à part quelques maux de tête qui celons les anciens grévistes de la faim est normale surtout les premiers jours, rien de grave, donc je continue mon action.

  • Vous êtes en grève de la faim illimitée. Vous dénoncez l’appareil judiciaire contre les activistes mozabites. quel genre d’acharnement?

La justice à Ghardaïa fonctionne d’une façon très particulière, car si dans le reste de l’Algérie elle n’est pas indépendante, et elle obéit aux ordres, à Ghardaïa c’est encore pire, car s’ajoute à tout cela un abus d’autorité de certains juges, et une grande liberté qu’ils se donnent pour attaquer des citoyens qui dénoncent toutes les irrégularités qu’ils subissent. Le syndicaliste et enseignant de physique au lycée Aouf Brahim, avait dénoncé des irrégularités dans l’attribution de postes, des détournements de budget de l’éducation, des fraudes dans les examens en saisissant d’abord le directeur de l’éducation de Ghardaïa, puis le wali, et le ministre de l’Education, ils l’on alors menacé de poursuite judiciaire s’il continuait à écrire, ensuite ils ont engagé des poursuites et ils l’ont incarcéré avec Fekhar et ils allaient m’arrêter avec eux aussi. Attention, je ne parle pas d’affaires qui datent d’après le 22 févriers 2019 mais d’affaires qui remontent aux années 2014 et 2015 et plus. Cet abus d’autorité a couté la vie déjà à Fekhar Kameleddine, et a causé de gros problèmes de santé à Aouf Hadj Brahim, et a hypothéqué son poste de travail, et m’a mis moi en chômage technique depuis 3 mois avec une obligation d’être présent à Ghardaïa trois fois par semaine assortie d’une menace de liquidation physique à Ghardaïa même et devant le tribunal, sachant que j’habite à Alger et je travaille à Boumerdes. Si vous y ajouté le déni de justice très grave de conséquence, car couvrant de graves agissements de certains responsables qui ont couté la vie à Fekhar Kameleddine, par le refus d’ouvrir une information judiciaire, et le refus de communiquer avec l’avocat de la famille de Fekhar au niveau de la chambre d’accusation, et on refusant de traiter ses plaintes même quand il s’agit de menaces de mort, vous êtes alors devant une situation carrément suicidaire.

  • Vous avez clairement accusé la justice d’avoir programmé la mort du Dr Fekhar et vous l’accusez de vouloir liquider les autres militants. Pouvez-vous être plus explicite? 

Tout a commencé lorsque le procureur général près la cour de Ghardaïa Bensalem Mohammed a envoyé, le 08 juillet 2015, une lettre au directeur de la sécurité de la wilaya pour arrêter le Dr Fekhar Kamalddine ce qui fut exécuté le 09 juillet 2015 à l’intérieur de la mosquée pendant qu’il accomplissait avec un groupe de citoyens la prière de Taraweeh. Et pour bien préparé l’opinion nationale et internationale pour des condamnations lourdes contre le défunt Kameleddine Fekhar, le Wali de Ghardaïa M. Mechri Azeddine s’est adonné à des discourt stigmatisant Fekhar et tout les activistes Mzabs dont moi-même dont celui adressé, le 31 juillet 2016, au public à travers les ondes de la radio locale de Ghardaïa dans lequel il a accusé le défunt Kamalddine Fekhar de vouloir diviser le pays et d’être parmi les personnes responsables des émeutes qui ont eu lieu à Ghardaïa Mais après avoir contacté le groupe de travail pour des détentions arbitraires qui travail sous l’autorité de la commission des droits de l’homme des Nations unis, et lui a soumis sa situation. Ce dernier a rendu un avis, le 27 avril 2017, après avoir entendu les explications du gouvernement algérien dans lequel il concluait de ce qui suit : • La privation de liberté du Dr. Fekhar Kamal Eddine est abusive car en violation des articles 9 (paragraphe 3), 14 (paragraphe 3), 19, 21, 22 26 et 27 de la convention universelle des droits civiques politiques et est classé en deuxième et troisième catégories. • Le groupe de travail demande au gouvernement algérien de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à la situation de M. Fekhar Kamal Eddine sans tarder et la rendre compatible avec les droits civils et politiques internationaux en vigueur, en particulier ceux cités dans convention universelle des droits civiques et politiques. • Le groupe de travail se rend compte que, dans toutes les circonstances concernant ce cas, la procédure appropriée consiste en la libération immédiate de M. Fekhar Kamalddine avec droit de réparation sous forme de dédommagement matérielle et morale avec la garantie de ne plus être arrêté pour les même causes, conformément au droit international en fournissant les soins médicaux appropriés pour sont état de santé. Ce qui avait obligé les autorités Algériennes à le jugé juste aprè, c’est-à-dire du 24 au 29 mai 2017 et à le libéré le 16 juillet 2017. Mais, voila que les forces de sécurité procède à nouveau à son arrestation le 31 mars 2019 en compagnie de ses deux fils mineurs, Mohamed-Salim et Yacine, âgés respectivement de 12 et 8 ans et les détenant au siège de la Direction de la sécurité jusqu’à ce qu’un membre de la famille du défunt les récupère pour les amener à la maison et récupérer la voiture du défunt, ce qui leur causé de graves troubles psychologiques, alors que la demande d’ouverture d’enquête n’a été réellement formulée par le procureur de la république que le 02 avril 2019, le jour même où le juge d’instruction de la première chambre, avait ordonné la mise de, Kamalddine Fekhar en détention provisoire, qui avait entamé une grève de la faim immédiatement après son arrestation par les services de police. L’administration de la prison de Ghardaïa n’a pas trouvé mieux que de le punir en l’enfermant dans une pièce étroite ne dépassant pas les 2 m² de surface avec son compagnon, Hadj Brahim Aouf disposait de toilettes ouvertes d’où sortaient de mauvaises odeurs et des insectes avec comme seul moyens de confort deux couvertures pour chacun sans lit ni matelas. Kameleddine Fekhar et son codétenu sont restés dans cette sale de 2 m² 28 jours avant qu’ils soient transférés vers l’hôpital Tirichine Brahim de Ghardaïa. Trainant une maladie « mystérieuse » pour les médecins qui les traitaient mais laissé sur place car considéré non malade selon leur diagnostic. Le 27 mai 2019, Mm Zahira Fekhar a trouvé son mari inconscient et ne parlant pas et ne recevant aucun soin particulier en n’étant pas sous sérum pour l’aider à récupérer ses forces ni n’était soumis à aucun autre traitement sachant qu’il était menotté par le pied pour l’empêcher de bouger malgré son état comateux profonde. Fekhar est mort le 28 mai 2019, c’est-à-dire le lendemain. Le procureur de la république à refusé de nous remettre le rapport d’autopsie, et le juge d’instruction à refusé l’ouverture d’information judiciaire, et la chambre d’accusation refuse de communique avec moi en tant qu’avocat. Si je suis soumis à un contrôle judiciaire 3 fois par semaine à 600 Km de chez moi (une mesure jamais décidé en Algérie) c’est parce que je suis Mzabi, car jamais au grand jamais un avocat en fonction ne peut être soumis à des restrictions de sa liberté de cette manière si ceux qu’ils lui font subir ça ne pensait pas qu’ils ont affaire à un « avocat d’une petite communauté » la preuve étant ce communiqué du procureur général prés la cour de Ghardaïa, dans lequel il demande aux citoyens de ne pas se solidarisé avec moi et il menace les avocats qui veulent se constitué pour me défendre de poursuites judiciaire. Si j’ai évité la prison c’est par ce que je suis avocat et grâce au grand élan de solidarité de mes causeurs et confrère de la profession, et si je reste sous contrôle judiciaire 3 fois par semaine et à 600 Km de chez moi et si ne suis poursuivie qu’à Ghardaïa en dans 3 dossier et sur auto saisine du parquet c’est parce que je suis Mzabi.

  • Votre action a suscité beaucoup de réactions de la part des militants et de confrères avocats, y a-t-il une réaction officielle?

Le bâtonnier Ahmed Benantar qui m’a soutenu des 2016 alors qu’il étais président de la section Algérienne de l’Union internationale des Avocats, et continue à le faire jusqu’à présent c’est lui qui a sensibilisé l’union des barreaux qui avait décidé d’un arrêt de travail le 9 avril pour contester mon arrestation à Alger et mon transfert vers Ghardaïa sans que je sois convoqué régulièrement, geste qui a d’ailleurs évité mon incarcération et peut être même le sort qu’a connus le défunt Kameleddine Fekhar. derrière le Bâtonniers Ben Antar bien évidement il y’a le conseil de l’ordre de Boumerdes qui gère mon dossier, les membres de ce conseil m’ont reçu le 6 avril 2019, et après avoir pris connaissance des dessous de mes affaires devant la juridiction de Ghardaïa depuis 2016 à ce jour, ils m’ont tous signifié leur soutien indéfectible, car ils ont très bien compris en tant qu’hommes de loi qu’il s’agit de vengeance par certains magistrats à Ghardaïa par rapport au travail que j’ai fait et que je continue à faire sur place. Il y’a aussi Me. Saïd Zahi, mon avocat, fait beaucoup d’efforts pour sensibiliser la corporation, il a même saisie le bâtonnier national en soutien aux efforts du Bâtonnier Benantar. J’ai reçu aussi des messages de soutien de plusieurs avocats de presque tous les barreaux d’Algérie, mais aussi de Tunisie, du Maroc, de France, de Belgique de Suisse et d’Angleterre, des confrères étrangers m’ont proposé des accusations devant les instances internationales à travers certaines ONG habituées à ce genre de dossier que j’examine en ce moment.

  • Vous avez évoqué l’enquête sur la mort du Dr Fekhar, qu’en est-il au juste concernant les entraves?

Mme Zahira Fekhar m’a chargé pour son compte et pour le compte des autres membres de la famille de déposer une plainte contre cinq responsables, qui sont le wali de Ghardaïa, le procureur général près la cour de Ghardaïa, le juge d’instruction de la première chambre du tribunal de Ghardaïa, le directeur de la prison de Ghardaïa, et le directeur de l’hôpital de Ghardaïa, qui seraient responsables de la mort de Fekhar Kameleddine, le juge d’instruction de la deuxième chambre n’a même pas accepté de m’accuser réception de cette plainte, prétextant qu’elle était déposée chez le doyen des juges d’instruction qui lui-même est mis en cause par la famille Fekhar, ce juge de la deuxième chambre du tribunal de Ghardaïa chargé d’examiner l’affaire n’avait même pas jugé utile de savoir si Fekhar Kameleddine était vivant ou mort, s’il avait été incarcéré ou pas, s’il est mort de maladie ou d’autre chose, ou encore s’il avait subi un mauvais traitement à la prison, ou à l’hôpital, n’ayant même pas fixé le montant de la caution avant d’examiner cette plainte étant donné qu’une plainte avec constitution de partie civile entraîne automatiquement la prise en charge de l’affaire par un juge d’instruction et l’ouverture d’une enquête, qui peut déboucher sur une information judiciaire. Alors que le juge d’instruction de la deuxième chambre du tribunal de Ghardaïa, sans enquêter, et sans même avoir examiné les pièces du dossier, notamment le certificat de décès, la fridha, et le rapport d’autopsie au moins pour constater le décès, déterminer les plaignants et leur qualités, et voir si le décès de Fekhar n’était pas par exemple dû à un empoisonnement, ou un étranglement, ou une mort naturelle, a tout de suite après avoir reçu la plainte, sans aucune hésitation, ordonné le refus d’ouverture d’une information judiciaire. J’ai formulé un appel à cette décision, mais la chambre d’accusation a refusé de communiquer avec moi, la greffière de cette chambre a refusé de me remettre une copie du dossier, comme elle a aussi refusé de prendre ma requête prétextant que c’était les instructions du président de la cour. A partir de là, nous sommes devant un déni de justice flagrant et une grave atteinte aux droits de la défense.

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Hichem B