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Entretien avec Salah Dabouz : « je ne vais pas arrêter ma grève de la faim »

Salah Dabouz: "le procureur général près la cour de Ghardaïa a essayé de m'arrêter par n'importe quel moyen"
Ecrit par Hichem B

Me Salah Dabouz est en grève de la faim depuis 22 jours. Il a ainsi entamé cette action pour dénoncer les agissements de la justice dans la vallée du M’zab. Militant de grande valeur, Me Dabouz a refusé de surseoir à sa grève même si le contrôle judiciaire auquel il était soumis a été annulé. Par son action, il défend les activistes mozabites et dénonce les agissements du pouvoir.

  • Vous êtes à votre 22e jours de grève de la faim, dans quel état de santé êtes vous ?
Me Salah Dabouz : Je me fais suivre par des médecins depuis les premiers jours de ma grève de la faim. Mon état de santé est bon pour le moment. J’arrive à maintenir une bonne activité de mes fonctions vitales, et surtout, bien organisé mes journées, notamment la récupération et la communication. Quand on lance une action de contestation, c’est surtout pour faire entendre sa voix.
  • Vous avez décidé de poursuivre votre action malgré la suppression du contrôle judiciaire auquel vous étiez soumis, pourquoi?

La raison principale de mon action de contestation, malgré un danger certain que j’encours, c’est de porter à l’opinion nationale et internationale le déni de justice que nous fait subir la juridiction de Ghardaïa, qui est allée jusqu’à causer la mort d’un farouche défenseur des droits humains, en l’occurrence le défunt Dr Kameleddine Fekhar. Seulement parce qu’il avait critiqué le comportement des autorités administratives et judiciaire, considérant qu’il s’agit d’actes discriminatoires qui ressemblent au régime de l’apartheid. Et bien ses fonctionnaires là, n’ont pas trouvé mieux que de donner Fekhar lui même comme preuve, au moment où les autorités centrales continuent à faire la sourde oreille devant cette situation catastrophe. Pour boucler la boucle, une greffière refuse de recevoir ma requête en violation de la Constitution et des principes fondamentaux des droits de la défense. Le fait de boucler l’instruction sans m’entendre et de la renvoyer devant le tribunal pour être jugée, suite aux pressions exercées sur le juge d’instruction, car moi j’avais été informé de cette issue par certains, au moins 10 jours avant, tout cela ne change rien au motivations qui ont fait que je lance mon action de contestation. Les même causes produisent les mêmes effets. je continus mon action donc pour le moment.

  • Depuis l’annonce de la poursuite de votre grève, y a-t-il des réactions ?

Oui il y’a un élan de solidarité formidable au niveau national, que je salue au passage. Un comité de soutien à mon action à été mis sur place qui compte plus de 320 personnes (chiffre arrêté par mon ami Meziane Abane il y’a à peu près une semaine) et qui va augmenter certainement. Je reçois aussi beaucoup de messages de soutien que ce soit sous forme de messages dans les réseaux sociaux, d’appels téléphoniques ou des visites chez moi. Ce qui me permets aussi d’expliquer les raisons qui m’ont poussé vers cette forme de contestation. Il y’a aussi la réaction au niveau international. Frontline defenders, organisation qui défend les défenseur des droits de l’homme, dont je fais partie depuis plusieurs années, et qui bénéficie du statut d’observateur à l’ONU, suit mon cas de très près. Nous somme en contact permanent, comme j’ai communiqué avec le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Mr Michel Forst, ainsi que quelques représentations diplomatique en Algérie, sans parler des contacts avec la presse, maintenant j’attends le retour de tout ces contacts pour décider de la suite à donner à mon action. Une chose est sûre, la mort de Fekhar ne passera pas sans qu’une enquête sérieuse ne se fasse pour déterminer et situer les responsabilités, je le promets.

  • Des déclarations de soutien et des pétitions ont été lancées pour exprimer la solidarité citoyenne avec vous, qu’elle est votre réaction ?

J’ai fait le choix dés le début de contester tous les actes et agissements contraires à la loi et aux principes des droits humains par des méthodes qui bousculent autant que possible l’ordre établi, seul moyen à mon sens susceptible de faire bouger un peu les choses et peut-être même créer une dynamique favorable à un changement même dans le cadre de ce régime dépassé par le cours de l’histoire pour soulager un peu les maillons les plus faibles dans la société comme les détenus par exemple qui reçoivent des traitements dégradants, ou les justiciables qui se perdent entre procédures compliquées et complexes et agissements de certains magistrats et autres fonctionnaires du secteur de la justice souvent en violation des lois. Mais quand je vois cet élan de solidarité formidable, et qui est accompagné de discussions pour expliquer le pourquoi et le comment, et que 99 % des gens qui me montrent leur solidarité perçoivent le message très bien et réagissent très positivement, je me dit que l’un des objectifs peut être atteint surtout qu’au début, les gens me contactaient pour me demander d’arrêter. Mais après les échanges, en général, ils regardent vers la même direction que moi, c’est à dire vers les causes, et ils se demandent que peut on faire pour faire face à une telle situation? Ce qui me pousse en premier lieu à remercier tout celle et ceux qui se sont solidarisés avec moi, ensuite à leur dire qu’un tel élan ne peut être que bénéfique non seulement pour dépasser ce genre de situation illégale, mais aussi et certainement afin d’éviter que cela puisse se répéter avec d’autres citoyens à Ghardaïa ou n’importe où à travers le territoire national.

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Hichem B