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Entretien avec Samir Nefzi, président du parti amazigh tunisien « Akal »

Ecrit par Hichem B

Samir Nefzi est président du parti amazigh tunisien Akal. Avec plusieurs autres militants de la cause identitaire en Tunisie, Samir Nefzi a créé ce parti pour défendre la cause amazighe. Dans cet entretien, il explique les objectif de la création d’Akal, les problèmes qu’il rencontre.

  • Vous êtes un des fondateurs du parti amazigh tunisien Akal, quelle sont les chances de cette formation pour se voir agréer par les autorités tunisiennes ?

Samir Nefzi : Azul. Oui, effectivement, nous avons récemment créé le premier parti politique amazigh en Tunisie. Nous sommes convaincus qu’il est temps de rétablir nos droits spoliés. Depuis la création du parti, nous avons déclaré être un parti amazigh, ce qui a suscité la colère des Arabistes, des ennemis des amazighs et d’un groupe de sympathisants amazighs folkloristes qui ont lancé une campagne de dénigrement de notre parti dans les médias et les réseaux sociaux. Je dois souligner, également, que L’État sera gêné, mais cela n’est nullement un souci pour nous. A AKAL, nous sommes convaincus que la lutte sur le terrain est la seule à pouvoir garantir la légitimité de notre formation.

  • C’est un parti qui a pour objectif de défendre la culture et la langue amazighe, est-ce une mission difficile en Tunisie ?

Oui, l’un des objectifs du parti est de défendre la culture et la langue amazighes.  Mais nous proposons également un projet économique et social alternatif au peuple tunisien. Oui, il est difficile de défendre cela compte-tenu de la Constitution actuelle et des lois existantes. La Constitution ne reconnaît pas, en effet, le tamazight en tant que culture et non en tant que langue et la loi interdit les noms non arabes à l’état civil.

  • Récemment, les autorités ont nié avoir reçu une quelconque demande d’agrément d’un parti nommé Akal, est-ce vrai ?

Oui, l’Autorité a nié avoir reçu le dossier du parti Akal. Cela n’est autre qu’une manœuvre pour éviter de répondre aux problèmes que cela pourrait provoquer chez nous et à l’étranger. Il a été également compris que l’Amazigh est une option politique qui coupe l’herbe sous les pieds de tout le monde, après que le peuple a connu les mensonges des dirigeants et l’échec des autres projets.

  • Avec la naissance de cette formation, c’est le peuple tunisien qui renoue avec son identité millénaire, pensez-vous que la mission est simple ?

Avec la création du parti AKAL, une partie de notre programme évoque la réappropriation de notre identité d’origine, vieille de plus de mille ans. C’est une tâche, certes, ardue, tant la société tunisienne souffre d’une vague d’arabisation forcée depuis très longtemps. Nous serons confrontés à divers problèmes, notamment le fait que la nouvelle génération a perdu les repères de son amazghité et ceux des peuples d’Afrique du Nord.

  • Au Maroc, comme en Algérie, la revendication identitaire a avancé, un commentaire sur cela ?

Oui, au Maroc et en Algérie, la situation est en avance comparativement à la Tunisie.  Il existe un énoncé dans la Constitution sur la langue et la culture amazighes, mais la vague d’arabisation prônée par le régime en Tunisie a retardé la concrétisation de ces orientations constitutionnelles et la lutte pour cela n’est apparue qu’après le départ du régime précédent. Le pouvoir en Tunisie a empêché tous les aspects de l’amazighité et a dévalorisé, sciemment et à desseins, la valeur des locuteurs amazighs. Aujourd’hui dans ce champ libre, nous avons pu être actifs sur le terrain et nous luttons pour obtenir plusieurs gains à l’avenir.

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Hichem B