Entretien/ Ferhat Mehenni : « le peuple targui est en droit de recouvrer sa souveraineté »

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Dans cet entretien, le président de MAK-Anavad, Mass Ferhat Mehenni revient sur les dernier développements sur la scène politique kabyle, notamment la confection d’un document de voyage, le soulèvement des targuis…

  • Le MAK-ANAVAD a célébré la Journée de la Nation kabyle en grande pompe. Cette célébration intervient dans un contexte particulier pour la Kabylie. Quelles sont les perspectives qui se présentent désormais pour les souverainistes ?

Ferhat Mehenni : La marche vers la liberté du peuple kabyle avance. C’est la première Journée de la Nation Kabyle aussi réussie. Désormais elle est une date phare qui sera annuellement célébrée. Le 14/06/2001, la Kabylie a réémergé des profondeurs de l’Histoire et de la tombe dans laquelle l’Algérie française, puis l’Algérie arabo-islamiste l’avaient enterrée. Sa proclamation, le 25/05/2013 en tant JNK, par l’Anavad, vient d’être validée par la Kabylie et consacrée par un décret présidentiel. Cela entretiendra autant la mémoire de ceux qui étaient tombés pour notre liberté au Printemps noir, que celle de toutes les héroïnes et tous les héros mais aussi des anonymes qui, le long de ces épreuves, avaient défendu notre honneur et notre kabylité. Le 14 juin 2001, comme le 20 avril 1980, le 29/09/1963 ou le 01/11/1954 nous rappellent notre esprit de résilience et notre devoir en tant que peuple kabyle de rester debout quel qu’en soit le prix.

  • Un document de voyage a été rendu public à cette occasion, d’aucuns l’ont accueilli avec fierté et reconnaissance, pourquoi ce passeport en ce moment précis ?

C’est un rêve de 10 ans déjà. Il date de la mise en circulation de la première carte d’identité kabyle, en 2010. C’est un nouvel acquis, un nouveau pas vers notre indépendance. Les conditions de sa réalisation ont été enfin réunies et cela grâce au remarquable travail du gouvernement de M. Zidane Lafdal auquel je rends un vibrant hommage.

  • Le document est écrit en plusieurs langues, pourquoi ce choix ?

Notre document, comme tous les passeports du monde est écrit en plusieurs langues. À l’exception du kabyle et de l’anglais, les langues qu’il comporte n’y sont qu’à titre illustratif. L’Anavad s’engage à mettre sur son passeport toutes les langues des pays qui en acceptent la validité.

  • Vous avez aussi lancé le Parlement kabyle, pouvez vous nous résumer ses missions?

Les missions de l’IMNI AQVAYLI sont, somme toute, celles de tous les parlements qui existent à travers le monde : examiner, amender et adopter des projets de loi, nouer des relations parlementaires, diligenter des commissions d’enquête… A cela s’ajoute l’objectif de proposer un projet de constitution pour la Kabylie à soumettre à débat public et à référendum via les urnes, là où cela est possible et via le net pour ceux qui en ont les moyens.

  • Le peuple Targui se révolte contre le pouvoir algérien. Quelles solutions préconisez vous pour ce problème qui dure depuis des décennies ?

Le peuple frère touarègue subit le sort du peuple kurde, morcelé par de scandaleuses frontières coloniales artificielles. Il est en droit de recouvrer sa souveraineté, d’avoir son propre gouvernement et d’amorcer pour ses enfants son propre développement socio-économique et culturel. Ainsi, avec le M’zab, les Chawis et les Touaregs, nous sommes au moins 4 peuples d’Algérie à réclamer notre droit à l’autodétermination pour en finir, une bonne fois pour toutes, avec le colonialisme dont l’Algérie est le honteux résidu. Permettez-moi, en ces douloureux moments que vivent nos frères Touaregs de leur adresser mon total soutien que je vais matérialiser à travers une lettre que l’Anavad va adresser aux instances internationales pour leur venir en aide. Le cas Touareg, les Amazighs de Libye, l’Azawad et tant d’autres lieux de déchirures à travers les États post-coloniaux, viennent rappeler à l’humanité que l’ordre international ne peut être stable que lorsque tous les peuples du monde seront indépendants.

  • Un député algérien a protesté, à travers une question écrite adressé à son ministre des affaires étrangères, lui reprochant de ne pas avoir convoqué l’ambassadeur d’Algérie à Paris, sur l’affaire du passeport kabyle émis par le MAK en France. Qu’en pensez-vous ?

Ce nationalisme algérien, comme celui de ce « dépité », n’est en fait qu’un vulgaire maquillage du racisme antikabyle. Pour être fondé à poser cette question, il aurait fallu qu’il réagisse, dès septembre dernier contre le séminaire de fin août 2019 tenu à Mostaganem pour l’officialisation de *l’Opération Zéro Kabyles*. Aujourd’hui, c’est l’Anavad qui a la légitimité historique à réaliser l’autodétermination de la Kabylie.

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