Kabylie

Evolution de la situation politique : le point de vue de l’URK

Entretien avec Bouaziz AïT Chebib
Ecrit par Hichem B

La démission de Bouteflika, l’application de l’article 102 de la Constitution, le maintien de la mobilisation citoyenne et l’avenir du mouvement de contestation, l’URK réagi et explicite sa position et ses lectures. Voici la déclaration signée par l’un des membres fondateurs,  Bouaziz Ait Chebib.

  Déclaration

Après 20 ans de règne marqués par tant de crimes, en particulier l’assassinat de 127 jeunes kabyles en 2001, Bouteflika a été destitué par l’armée algérienne après plusieurs semaines de contestation populaire. L’armée algérienne, qui détient le pouvoir en Algérie, a décidé de se débarrasser d’un vieillard malade, devenu encombrant. Même si personne n’est dupe de la « démission » de Bouteflika, on ne peut que se réjouir de l’humiliation de sa chute politique.

La Kabylie qui a affronté seule ce tyran au plus fort de son pouvoir observe avec satisfaction la déchéance d’un bourreau qui ne lui a témoigné que racisme et mépris, emportant dans sa haine du peuple kabyle la vie de 127 de nos jeunes assoiffés de justice et de liberté. Ce crime ne sera jamais pardonné, ni à Bouteflika, ni à ses serviteurs et larbins, à l’image de Zerhouni, de Benflis ou d’Ouyahia, ni à la gendarmerie algérienne qui a mis tant de cœur à abattre notre jeunesse avec des balles explosives.

Aujourd’hui, c’est par la petite porte que Bouteflika, le chef suprême de ce massacre, est contraint à sortir de l’Histoire. Le peuple kabyle, qu’il a tenté d’humilier et d’écraser sous sa botte, restera à jamais ce peuple géant dont il prétendait « dégonfler le ballon de baudruche ». Voilà que c’est lui qui sombre dans les poubelles de l’Histoire tandis que le peuple kabyle demeure ce peuple libre et fier qui refuse de plier.

Cependant, la fin de cet infâme dictateur ne doit pas occulter certaines vérités qu’il faut impérativement rappeler si l’on veut appréhender l’avenir et le bâtir dans l’intérêt des peuples qui composent l’Algérie. En voici quelques-unes :

– Le système algérien, qui ne peut être réduit à la personne de Bouteflika, est fondé sur l’idéologie raciste, sexiste et assimilationniste de l’arabo-islamisme dont le mode de gouvernance est basé sur la répression sociale, la spoliation des biens publics et la corruption à grande échelle.

– Depuis la constitution du gang criminel qu’est le clan d’Oujda, l’institution militaire n’a jamais cessé de mettre en place et de maintenir à la tête de l’État algérien des dictateurs de triste mémoire, dont l’exécrable Boumediene.

– Bouteflika, que tout le monde décrie maintenant, a été installé à la présidence algérienne par l’institution militaire à travers la « dernière fraude du siècle » organisée, pour rappel, par Liamine Zeroual, lui-même installé à la tête de l’État par cette même institution.

– Le général major Gaid Salah, que certains cercles « politiques » tentent de présenter comme le sauveur, n’a aucune gloire à tirer de cette « démission ». Il n’a fait que sacrifier la vitrine désormais fissurée du système pour mieux épargner le cœur du système, c’est-à-dire lui-même et ses acolytes. Faut-il rappeler que Gaid Salah a été le bras qui a assisté les 4 mandats du dictateur Bouteflika dans ses plus sales besognes. Il a soutenu le cinquième mandat jusqu’à ce que la gigantesque mobilisation populaire l’oblige à sacrifier son ami et allié, Bouteflika.

– Des militaires et des politiques qui ont appliqué, légitimé, cautionné le bouteflikisme durant 20 années ne peuvent prétendre changer le système, ils sont le système.

– Et enfin, ce système que nous voulons tous dégager, il faudrait au préalable l’identifier parce qu’il ne date pas de l’accès au pouvoir de Bouteflika mais de 1962, du détournement et de la spoliation de l’indépendance algérienne et de l’impitoyable guerre menée par le fameux clan d’Oujda contre la Kabylie. Au sortir de 7 années de lutte contre l’armée française, c’est seule que la vaillante Kabylie combat le coup d’État de l’armée des frontières, le dictat de Ben Bella qui après « Nos ancêtres les gaulois » du colonialisme français, a voulu nous imposer « Nos ancêtres les arabes » de l’impérialisme idéologique arabo-islamique.

La mobilisation populaire qui s’est encore affirmée ce vendredi pour refuser toute forme d’alternance clanique et exiger le départ du système, est encourageante, mais il est impératif de définir ce qu’est le système. La Kabylie qui est, encore une fois à l’origine de ce mouvement de contestation avec les manifestations de Kherrata et que beaucoup tentent de passer à la trappe, doit tirer les leçons de son histoire afin que tout éventuel changement ne se fasse pas à son détriment.

En cette phase sensible qui ne peut être sans effet ou conséquence sur la Kabylie, toutes nos structures politiques, culturelles, associatives et citoyennes sont tenues de s’entendre autour d’un compromis politique, social et culturel, un SMIG qui garantirait le respect des identités politiques de chacun tout en préservant les intérêts de la Kabylie ; celle-ci ayant de tout temps lutté et payé le prix fort pour ses idéaux de liberté, de justice et d’équité, est fondée à demeurer vigilante afin de protéger au mieux ses intérêts pour faire face à tous les scénarios possibles.

J’en appelle donc à toutes les forces vives de la Kabylie : Soyons attentifs et bienveillants mais restons vigilants et protégeons nos enfants, notre histoire, notre culture et notre civilisation.

 

Kabylie, le 05 avril 2019

Bouaziz Ait Chebib

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Hichem B