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Exclusion de Fekhar du FFS : en quoi Tabou est il responsable?

Ecrit par Boukhelifa Zahir

L’assassinat du militant Kameleddine Fekhar a révélé encore une fois qu’il est urgent d’en finir avec le système politique algérien. Coupable de plusieurs crimes, ce système est, partant de sa capacité de nuisance, l’un des système les plus machiavéliques  au monde. Ce crime d’Etat dont qui a emporté Dr Fekhar en détention provisoire rappelle que les tenants du pouvoir ne sont pas prêts de rompre avec leurs méthodes criminelles. Il est peut-être utile de rappeler que ce système est un danger suspendu comme une épée de Damoclès au dessus de la vie, mais il n’est pas nécessaire de s’y attarder, car d’autres mouvements naissants s’inspirent grandement  de tous les excès de ce même système qu’ils pensent combattre.

Pour mieux saisir notre propos, un bref rappel du passé militant du Dr Fekhar est utile. Ainsi, ce jeune médecin adhéra au FFS, un parti qu’il voyait conforme à ses idées. Opposants convaincu, il avait choisi le parti fondé par le défunt Hocine Ait Ahmed pour apporter sa pierre à l’édifice d’un nouveau système démocratique, fondé sur le respects des droits, tous les droits.

Sauf que l’adhésion du Dr Fekhar au FFS, une adhésion qui draina des centaines de militants mozabites, ne sera pas du goût du pouvoir. Il en voyait une « dékabylisation » du projet prôné par ce parti. De ce fait, il employa tous les moyens pou stopper net l’extension mozabite du FFS, donc du combat de la Kabylie pour la démocratie et les libertés.

La Vallée du M’zab qui adopte le combat de la Kabylie ne peut rester sans réaction de la part du pouvoir. D’où l’instrumentalisation des Chaamba pour casser cette dynamique que Fekhar menait d’une main de maître. En 2004, les commerçants mozabites subissaient déjà les attaques meurtrières des Chaambas protégés par les services dits de sécurité. Dr Fekhar en connaîtra ainsi ses premiers déboires avec la justice qui voyait en la radicalisation du mouvement mozabite structuré au sein du FFS un réel danger. Craignant l’effet tache d’huile, le pouvoir utilisa tous les moyens pour ghéothiser d’avantage le peuple mozabite.

Tabou l’homme chargé de la mission

l’adhésion des mozabites au FFS étant un souci majeur pour le pouvoir, ce dernier usa de toutes les manœuvres pour s’y opposer, y compris l’instrumentalisation de la justice pour briser cette dynamique militante. Mais au delà de cet aspect bien connu au pouvoir, c’est la couverture politique dont jouissaient les militants, dont Dr Fekhar qui posait la vraie problématique aux gens du pouvoir. Il aura fallu fomenter des coups contre les militants du FFS de la Vallée du M’zab pour en finir avec « la kabylisation » de Ghardaïa.

C’est pourquoi Mohamed Baba-Nedjar, âgé de 20 ans a été arrêté et condamné à perpétuité suite à un simulacre de procès. Sa condamnation a été décidée à l’intérieur du commissariat de police. Les agents chargés de l’interroger lui avaient demandé de témoigner contre Fekhar ou un autre militant du FFS pour le relâcher. Refusant la proposition, Baba-Nedjar croupit toujours et à ce jour dans la prison de Blida. Ni les nombreuses grèves de la faim qu’il a entamées, ni les démarches de sa famille n’ont eu gain de cause. Après cet échec d’impliquer Fekhar dans un meurtre qu’aucun mozabite n’a commit, les agents du pouvoir ont tenté d’autres méthodes pour isoler Fekhar et ses amis.

Pour réussir le coup, il n’en fallait pas plus que de prendre attache avec la direction du FFS. Karim Tabbou étant le premier secrétaire national du parti en 2010, a aussitôt décidé d’exclure Fekhar des rangs du parti, rendant ainsi un énorme service au pouvoir. La décision de Tabou d’exclure les militants de Ghardaïa du parti était un soulagement pour le pouvoir. Même si Fekhar a repris l’activité politique au sein de la Ligue de défense des droits de l’homme, il est privé de couverture politique. Sa première arrestation est intervenue devant Hocine Ait Ahmed, Abdelhamid Mehri et Mouloud Hamrouche à Alger, alors qu’il animait une rencontre entre les trois figures avec plusieurs militants. C’était grâce à Ait Ahmed que la solidarité avec lui s’était organisée et sa libération arrachée 5 mois plus tard.

La décision prise par Karim Tabbou d’exclure Kameleddine Fekhar est perçue à l’époque comme une lutte pour le leadership au sein du FFS. Mais dans les coulisses un autre son de cloche se fait entendre. Dr Fekhar aurait été sacrifié sur instruction venue des hautes sphères de l’Etat mafieux. Karim Tabou a retiré la couverture politique à Kameleddine Fekhar pour poser ainsi le premier jalon du processus de sa mise à mort. Il l’a privé du cadre légal qui protège les militants de l’arbitraire que constitue la structure politique organisée.

La présence de Tabou çà l’enterrement de Fekhar et les larmes de crocodiles qu’il aurait versées ne l’absout en aucun cas de sa forfaiture et sa participation à la neutralisation d’un grand militant. Son mea-culpa n’est surtout pas nécessaire, mais de grâce qu’il se taise et qu’il se fasse petit. Lui qu’on nous présente comme le grand chantre de ce « Hirak ». Dans son cas les voyelles sont mal alignées pour ce dernier mot.

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Boukhelifa Zahir