Ferhat Mehenni et Aksel Ameziane : « Idir ou la voix éternelle de la Kabylie » 

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Lorsque Idir chante, les cœurs s’ouvrent parce que ses mélodies viennent de loin, de très loin. De là où l’âme kabyle vibre dans toute sa pureté et sa splendeur. Les mots s’enchaînent alors comme des perles les unes plus belles que les autres, formant des colliers magiques et somptueux qui garantissent l’éternité à ce peuple kabyle qui refuse de disparaître malgré les assauts meurtriers ininterrompus de tant d’ennemis.

L’hommage unanime que le monde entier rend aujourd’hui à Idir est aussi adressé aux valeurs qu’il portait par dessus tout, à commencer par l’identité et la culture kabyles qu’il n’avait jamais cessé de défendre et, par extension, à ses profondes racines amazighes. Il était leur meilleur ambassadeur. Sobre, serein et mesuré, il savait qui il était, d’où il venait et où il allait. Il ne trichait pas avec les siens et vouait un respect sans limites aux ancêtres dont il nous a transmis de fort belle manière le message et le legs. Il ne trichait pas non plus avec les autres parce que son but n’était pas de leur mentir sur sa réalité mais de leur dire, de quel majestueux et noble peuple il était issu, et dénoncer l’inadmissible déni d’existence qui lui est opposé par l’Algérie.

Aujourd’hui, cette même Algérie officielle qui, au nom de l’idéologie raciste qu’est l’arabo-islamisme, a toujours tenté d’étouffer la voix d’Idir, et toutes les voix qui lui font écho, fait mine de verser des larmes de crocodiles pour tenter de le dékabyliser en l’algérianisant. A chaque fois qu’elle s’accapare de la mémoire d’un opposant kabyle c’est, systématiquement, pour la retourner contre la Kabylie.

Idir, comme tant d’autres chanteurs kabyles avant et après lui, que l’Algérie a banni de sa terre natale alors qu’il n’avait que 26 ans, et qu’elle n’a cessé de combattre, y compris en exil, revient de droit au peuple kabyle, aux peuples amazighs, et à toute l’humanité respectueuse de son œuvre et de sa langue.

Si, dès 1972, avec « Vava Inouva » il avait réussi, à lui seul, à déconfiner culturellement la Kabylie, sur laquelle pesait une chape de plomb politique, Il avait compris que trois notes de musique suffisaient à ébranler l’édifice de mensonges bâti au nom d’une Algérie créée de toutes pièces.
Comme à chaque occasion où le rideau se lève pour laisser éclater la vérité au grand jour, des voix téléguidées par un antikabylisme primaire s’élèvent et des écrans de fumée sont dépêchés pour nous expliquer ce qu’est l’algérianité, ce qu’est l’amazighité, ce qu’est notre histoire et même ce qu’est notre … kabylité !

Le mot d’ordre est clair ! Ne jamais laisser une occasion à la Kabylie de s’exprimer, ne jamais laisser l’occasion à la Kabylie de respirer, ne jamais laisser à la Kabylie la possibilité même d’enterrer les siens dans la sérénité.
Cette fois-ci, avec l’incommensurable douleur de la perte de notre Idir, que seuls les Kabyles ont ressenti comme la perte d’un fils, d’un frère ou d’un père, les raisons d’être fiers nous viennent de ces messages de respect et de reconnaissance à l’homme, et à travers lui, à la Kabylie qu’il n’avait jamais cessé de chérir et dont il avait naturellement porté le message aux quatre coins de la planète.

Dans un monde en ébullition qui se prépare à d’imminents bouleversements consécutifs à la pandémie, le système algérien est pris de panique car il voit sa fin approcher à grands pas. Il voit la muraille de mensonges qu’il a érigée s’effriter et les fondements de son idéologie prendre l’eau de toute part. Un simple tweet de l’état-major de l’armée française a suffi pour déstabiliser un pays qui n’est même plus en mesure d’envisager un avenir dans la nouvelle reconfiguration mondiale, inéluctable, arrivant à grands pas. Le sauve-qui-peut prendra bientôt la place de cette fausse assurance que les marionnettes qu’agite le pouvoir tentent d’afficher sans grande conviction.

Enfin, nous disons TAnemmirt (MERCI) à Idir d’avoir porté la voix de la Kabylie si haut et si fort, d’avoir contribué à montrer la voie à la Kabylie dans un monde qui, désormais, ne se fera plus sans elle.

Ferhat Mehenni
Aksel Ameziane

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