Tamazight Une

Îles Canaries, l’éveil des dieux amazighs des Guanchs

Îles Canaries, l'éveil des dieux amazighs des Guanchs
Ecrit par Boukhelifa Zahir

L’aéroport de Gran Canaria est petit mais fonctionnel. Il est connecté à toute l’ile par une multitude de lignes de bus, mais dans un capharnaüm bien typique aux pays insulaires du sud. Surtout il ne faut pas compter sur les chauffeurs monolingues pour vous faciliter votre arrivée à bon port. Après s’être géolocalisé en googlisant votre position et votre destination finale, il reste à trouver la sortie, puisque les stations de bus sont au beau milieu de l’autoroute.

Aza amazigh dans la nature

Aza amazigh dans la nature

Puis le choc…un choc qui comme une révélation vous ramène à la réalité de cette terre aride à trop prêter le flanc aux vents venant de l’océan. Sur le fronton d’une petite bâtisse en ruine, détruite probablement parce qu’illicite par les autorités espagnoles, un graffiti de l’aza amazigh, amazigue pour parler local. Sur l’autre face on peut lire l’inscription “Tindaya no sei toca” qui veut dire “ne touchez pas à Tindaya” la montane sacrée des Guanches de l’île de Ténérife. Et nous voilà plongés dans le fond du problème identitaire de Tamazgha insulaire des Îles Canaries.
Ce tag sur une ruine récente exprime le désarrois de toute une frange du peuple canarien. La montagne sacrée que les berbéristes canariens considèrent comme le lien direct avec les ancêtres est devenu un dépotoir menacé de destruction par le royaume espagnol, celui-là bien illicite en terre amazighe.

A rappeler que la loi espagnole aux îles Canaries est très sévère contre les taggeurs, qui sont principalement des indépendantistes qui veulent remettre dans l’espace public commun des signes amazighs, pour contrecarrer l’effacement de l’identité guanche. Les auteurs sont menacés de poursuites judiciaires et de fortes amendes. Puis simultanément, tu découvres dans la patrie de Madani Mezrag, ce pays-nation que tu es sensé partager avec d’autres, des parents d’élèves mettent beaucoup de hargne à combattre ton tamazight, cette langue “inutile”.

La plage est déserte à l’heure où la lune pointe sur les hauteurs de cette colline qui surplombe le village de Tufia. Son reflet sur l’océan couvre l’eau d’une belle parure couleur argent, luisant et apaisant le regard et l’âme. Là-haut le clair de lune dessine les relief d’une cité antique. A bien regarder on distingue des silhouettes droites guettant l’océan, d’autres dansent en cercle autour d’un lieu de culte mégalithique, sur c’est les ancêtres. Promis avant de partir j’irai me recueillir dans ce lieu où surement, pour mon côté nostalgique, Juba II a foulé le sol avant de naviguer vers les Amériques, il y a de cela deux millénaires.

Tufia est un village maritime isolé à la pointe nord-est de l’île de Gran Canaria avec un sommaire port de pêche, dépourvu de commerces, d’hôtels et de moyens de transports. Pour une retraite à l’abris du monde c’est la destination indiquée. Pour les initiés, il y a toujours ce bar clandestin tenu par un autochtones qui propose des boissons et selon arrivage, du poisson frais qu’il rachète aux pécheurs du dimanche.
Ayant perdu la langue, écrasée par des siècles d’acculturation et de domination castillane, avec un appui très actif de l’église catholique, les autochtones s’accrochent aux pierres pour ne pas rompre définitivement avec leur passé. Pour évoquer les ancêtres de l’époque préhispanique ils prennent à témoin les ruines des cités dispersées sur les côtes et les vallons arides. Ils convoquent les mémoires enfuies, celles qui hantent les nombreuses maisons troglodytes aux nombreuse cavités et galeries, qui dans leur majorité sont limitrophes d’un agora ou d’un lieu de culte mégalithique.
La plus impressionnante est la montagne des quatre portes près de Teldé. Sur le flanc exposé au vent une immense cavité avec quatre entrées, référence faite à la montagne. La pièce est assez large pour contenir tous les membres d’un village ou les conseils des anciens de plusieurs tribus. Sur le côté visité en dernier par le soleil, est creusée une petite cuvette, où certainement un objet sacré est rangé après l’office ou le conseil, de guerre généralement. Devant une grande terrasse avec des trous en cercle creusés dans la roche. Tout donne à croire que cette terrasse est lieu de culte.
Un peu plus haut sur la montagne se trouve un lieu sacrificiel sous forme d’un grand cercle d’au moins quatre mètres de diamètre. Les bords sont creusés au trois quarts plus profondément pour former une rigole. Au milieu se trouve une cavité qui se prolonge par une rigole serpentant sur près de deux mètres. Toutes les rigoles creusées dans la roche servent soit à la récolte de l’eau des pluie ce qui est peu probable. Ou le sang des sacrifié offerte à mère nature.
De l’autre côté de la montagne, sur le flanc abrité des vents, se trouvent des maisons troglodytes sur plusieurs niveaux relié par des galeries creusées à même la roche. Une plaque avec une affiche hindouiste rappel qu’en 1976 ici est tourné un film, du cinéma. Dos à la montagne la vue est d’un panorama à couper le souffle. En plus de sa beauté le lieu permet le guet sur trois cent degrés. En bas de la vallée, un terrain militaire et une base aérienne de l’armée espagnole, encore du cinéma mais d’un autre genre de la Conquista.

Las Palmas est la plus ville-capitale de Gran Canaria. A une jetée du centre-ville Les maisons sont dans leur majorité de style coloniale, hispanique pour la précision, dans le quartier historique de Vegueta. Pour les reconnaître les indices majeurs sont les balcons et les imposantes portes d’entrées en bois sculpté et vernis.
Ils existent une multitude de musées qui traitent de différents aspects de l’histoire canarienne. Le plus important est sans doute le « muséo canario » qui allie un peu le musée de l’Homme, sans le côté macabre de garder l’identité des crânes exposés. Et une pyramide égyptienne, pour les momies présentées au public dans des sarcophages en verre.
Ce musée met l’accent sur l’accent sur les populations autochtones de l’archipel est l’un des rares à utiliser le terme Berbères au lieu d’aborigènes pour désigner les premiers occupants des terres.
Puis la maison coloniale, un musée anachronique, un rappel d’un passé peu glorieux. Et comme pour chaque institution coloniale, il faut une place d’armes, pour rappeler les faits des mêmes instrument. Celle-ci s’étend de toute sa « splendeur » devant la maison coloniale.
A voir le faste des églises et des cathédrales, on devine mieux où sont entassées les richesses des autochtones et celles ramenés des Amériques,
L’éveil des dieux guanchs est inéluctable, il permettra la réalisation du rêve amazigh des îles Canaries. Ce même rêve qui effacera la faille océanique qui sépare la terre des Guanchs de celle de Tamazgha, Te amo Islas Canarias,

A propos de l'auteur

Boukhelifa Zahir