« Kabylie, on ne te lâchera pas ! », par Mira Moknache

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A la veillée funèbre de Nna Wiza, j’ai assisté à cette scène horrible qui m’a déchirée le cœur, afin de voir sa mère pour la dernière fois, c’est par téléphone que Ferhat Mhenni dit au-revoir à sa mère, et j’entends les cris strident de sa sœur qui transperce l’âme de tout un chacun, qui hurle sa peine face à cette scène, qui crie sa colère face à ce pouvoir qui empêche son frère d’embrasser sa mère ! …
Mon cœur a explosé … de détermination !

La Kabylie terre de lutte, terre de nos ancêtres, des martyrs, de ceux qui se sont sacrifiés pour la liberté, pour la dignité, pour la reconnaissance de l’identité, pour notre existence !

Je ne vois que la souffrance en Kabylie, je ne vois que la répression, je n’entends que des hommes et des femmes en colère. Cette colère profonde qui habite chaque kabyle, conscient de l’histoire de la Kabylie, déchiré entre la douleur de voir tant d’hommes et de femmes donner leurs vies pour qu’on puisse vivre en liberté, et le désespoir face à tous ceux qui ont oublié l’histoire, ceux qui ont préféré tourner le dos aux martyrs, tourner le dos à la Kabylie, et cette rage face à la répression qui n’a laissé aucun répit à l’histoire, à l’économie, à la langue, à la culture, à l’école à tout mais également aux militants.

Le combat pour la Kabylie a toujours été particulièrement difficile, tout le temps dans la clandestinité, l’effort est surhumain d’une lutte dans des conditions très durs ou il faut être sur plusieurs fronts à la fois, on se bat pour une cause qui porte un territoire, un peuple, une culture, une langue, une identité, des principes et des valeurs, qu’on veut faire disparaitre, qu’on veut effacer, alors que son existence est millénaire. Notre ennemi est multiple de l’intérieur et de l’extérieur de la Kabylie, que ca soit le pouvoir algérien qui a déclaré une guerre qui ne dit pas son nom depuis 1962, que ce soit les islamistes qui ont assassiné Kamal Amzal, qui se sont opposés au mouvement identitaire et qui ont infiltré les terres pour nous acculturer et effacer notre identité, et aussi les collabos, ceux qui ont vendus des principes et des valeurs, ceux qui ont vendu des hommes et des femmes, ceux qui ont vendu des terres, ceux qui ont vendu la Kabylie.

L’évolution du combat politique du fait berbère de l’Afrique du nord à celui d’une lutte pour la reconnaissance d’une nation Kabyle, a porté beaucoup de conflits entre militants Kabyles, beaucoup de sang a coulé aussi, beaucoup de trahison, beaucoup de confusion et d’idéologie disparates. Des crises kabylistes ont divisé les militants, ont crée des haines et des répressions, certains ont repris les même pratiques du pouvoir pour asseoir leur prééminence.

Aujourd’hui, certains préfèrent fermer les yeux sur le combat de la Kabylie, oublier l’histoire pour se fondre dans une Algérie qui a tout le temps mépriser le fait Kabyle, qui n’a jamais reconnu son combat démocratique et identitaire, qui n’a jamais reconnu son rôle dans l’histoire, qui n’a jamais manifesté une solidarité, ne serait-ce qu’un petit soutien dans des moments horribles, et même dans le génocide de 2001. Pourtant, la Kabylie qui a de tout temps était une région contre-pouvoir, et qui a porté la révolte actuelle à bras ouvert, ils s’obstinent en portant des idéologies qui ne tiennent aucune route, des idéologies qui n’ont aucune existence réelle, certains accusent le combat de la Kabylie de danger à l’unité nationale algérienne, mais ne développent aucune réflexion au danger, certains accusent le combat d’un mouvement d’extrême droite, parce qu’ils oublient que notre combat est millénaire.

Pour se fondre en Algérie, ils renient la Kabylie et considèrent les militants kabylistes comme des opposants, ils oublient que nous faisons partie d’un mouvement de l’histoire, du combat berbère qui a avancé et qui s’est transformé d’une lutte culturelle à une lutte politique, celle de la reconnaissance des peuples berbères et de leurs territoires.

Les kabyles ont souvent l’habitude de ne prendre part, comme une seule âme, à la Kabylie que dans les moments les plus brutales, ou le sang coule à flot, l’incroyable organisation de la société Kabyle, durant la guerre contre le colon français et celle de 2001, l’incroyable soulèvement contre la dictature de Boumediene, durant le printemps berbère d’Avril 1980 à Mai 1981, ou la solidarité face au boycotte scolaire de 1994, sont des preuves récentes.

Est-il nécessaire d’attendre encore le sang pour se solidariser et d’oublier après ! Une bombe déposée hier à la gare routière de Vgayet, m’a fait revivre 2001, est-ce une provocation, est-ce une menace, est-ce un avant gout face à la solidarité des Kabyles pour les condoléances au décès de la mère de Ferhat Mehenni ?
Ferhat Mehenni, l’homme qui a eu le courage politique pour avancer dans un combat politique, celui de porter haut et fort, la reconnaissance d’un territoire et de son peuple, un homme qui a donné toute sa vie au combat de la Kabylie, et qui se retrouve obliger de s’exiler afin de continuer à porter le drapeau de la Kabylie, il se retrouve condamner à vivre les enterrements des membres de sa famille loin d’eux.

A la veillée funèbre de Nna Wiza, j’ai assisté à cette scène horrible qui m’a déchirée le cœur, afin de voir sa mère pour la dernière fois, c’est par téléphone que Ferhat Mehenni dit au-revoir à sa mère, et j’entends les cris strident de sa sœur qui transperce l’âme de tout un chacun, qui hurle sa peine face à cette scène, qui crie sa colère face à ce pouvoir qui empêche son frère d’embrasser sa mère ! … Mon cœur a explosé … de détermination !

Avec les militants on a rejoint la demeure pour soutenir Mass Ferhat, pour être présent à sa place, pour lui dire que nous sommes là, que nous sommes tous les filles et les fils de la Kabylie !

Que faut-il de plus pour voir cette réalité ! Faut-il plus de mort, faut-il plus de martyrs, faut-il plus de souffrance ? Pour se rendre compte de la fraternité des Kabyles.

Une incroyable solidarité à l’enterrement de la mère de Mass Ferhat, lui n’est pas là, mais la Kabylie était là. A travers tout se rassemblement, j’ai rencontré plein de militants, une incroyable fraternité s’est communiquée entre nous, j’ai vu la voix d’une cause juste, la voix de l’espoir, la voix de la liberté, la voix de la Kabylie !

Les militants Kabylistes luttent pour la Kabylie, sa liberté et sa reconnaissance, leur détermination est entière, les considérés comme ennemis ou même comme opposants est une trahison envers la Kabylie même !

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