La révolution du sourire : une mésaventure à l’algérienne

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Il est peut être prétentieux que dés l’entame, paraphraser Albert Camus l’Algérien qui dans le Mythe de Sisyphe écrivait “Les grandes révolutions sont toujours métaphysiques”. De surcroît, si on sait que la seule référence de la « révolution du sourire »  à une certaine métaphysique, se borne aux louanges chantés à la gloire d’Allah et à son prophète dans les cortèges du vendredi.

Il n’est nullement question ici de pointer du doigt le manifestant lambda, qui depuis une année bat le pavé tous les vendredis, qu’il faut distinguer de ceux du mardi. Mhand amarcheur, irruption sémantique, a tout a fait le droit de se rêver révolutionnaire, libérateur ou dans tout autre rôle valorisant son action et sa personne. Mais il faut s’entendre sur un principe: faire la révolution n’est nullement penser la révolution.

A l’ombre des bibliothèques ou à la tête des cortèges, qui se veut inspirateur, doit se prêter à l’exercice de la critique. Dans certaines révolutions passées, « les critiques » mènent vers l’échafaud, et le « prestige » se mesure au nombre de têtes coupées. Aux grandes responsabilités, s’appliquent les grandes et radicales sanctions.

Qu’en est il de la « révolution du sourire » à l’algérienne?

De prime à bord, si elle en a les contours et l’aspect d’une révolution, elle n’en est pas une pour plusieurs raisons dont:

L’hérédité présumée des « révolutionnaires » de maintenant sur ceux de novembre 1954, n’est qu’un pâle copié-collé de deux situations différentes sur le fond et la forme. Faire sien l’héritage d’une révolution qui n’a pas encore soldé son passif avec l’histoire, c’est accepter une fausse base historique. Et reconduire les aberrations qui ont consacré comme « héros nationaux » les bourreaux et les victimes. Illustration parfaite de résurgence des conflits d’avants, qui par calculs politiciens, les rangs sont divisés entre Soumamien et novembristes badissistes. L’agitation a fait sortir un vieux conflit cantonnée jusque là au sein de l’ANP vers les populations civiles.

Sur un plan sémantique, si la révolte du 16 février 2019 à Kherrata a rempli son rôle de déclencheur et l’éveil au changement d’une grande partie des populations algériennes. L’erreur est de chercher à installer dans la durée, en confondant   grossièrement le « temps historique » et la durée, incompatible avec la fulgurance nécessaire au renversement des ordres établis. Ainsi à mesure que le temps s’allonge les objectifs s’érodent avec eux la détermination des premiers jours.

Prétendre faire cohabiter des courants politiques motivés par des pensées philosophiques diamétralement opposées dans un moment d’instabilité comme une révolte, c’est condamner le mouvement à l’inertie. Puis par l’effet de frottement-affrontement le vouer à l’échec. Il est naïf de croire que les révolutions sont à l’image des peuples. Alors qu’elles ne sont que l’image d’une force brute qui tend naturellement à balayer tout devant elle et faire table rase du passé.

Les énormes concessions faites au courant islamiste par les « progressistes » pour ne pas fâcher l’opinion. En omettant le fait avéré que par essence le courant islamiste est à la fois liberticide et antidémocratique. Plus grave encore, certains prétendument démocrates, par la magie du khawawisme et pour plaire à la majorité, n’ont pas hésité à singer les islamistes en reproduisant leur littérature et leur posture rétrogrades. Comme si la liberté avait d’autres alternatives, ils ont préféré perdre la bataille des idées pour gagner quelques badauds pour leur meeting.

Enfin, la fin des fins, la confusion entre leader politique: encadreur des foules et pourvoyeur d’idées. Au lieu de mettre en avant des inspirateurs, dans le sens philosophique, pour donner du souffle à l’élan révolutionnaire. « L’élite » met en avant les instigateurs, dans le sens policiers. Ainsi le ton a prévalu sur le fond, en propulsant des « vociférateurs professionnels » au rand de leaders révolutionnaires.

L’opacité qui entoure l’agitation algérienne dissout les responsabilités individuelles et collectives. Elle a permis au tenant du système d’utiliser la force brutes de la foule pour réaliser à contre sens des objectifs de la rue. Comme l’éviction de Bouteflika, le renforcement de l’idéologie islamiste, l’arabisation de la rue kabyle…Ainsi non seulement le système s’est régénéré, mais il a capté des énergies nouvelles pour perdurer. Puisque c’est le contexte, permettez cette modeste conclusion: “Qui se sait profond tend vers la clarté; qui veut le paraître vers l’obscurité ; car la foule tient pour profond tout ce dont elle ne peut voir le fond. ” Friedrich Nietzsche.  

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