Le mouvement islamiste algérien Rashad : les dessous d’une allégeance à l’axe Doha-Ankara

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Si la Allah et la Oumma* dans le monde musulman sont uniques, le pouvoir quant à lui est bipolaire. Nés de l’accession au pouvoir de jeunes Émirs de la péninsule arabique, deux axes se disputent le leadership sur ce qu’ils appellent communément « le monde arabe ». Le premier axe, qui semble avoir l’ascendant relie Riyad, Abu Dhabi, rejoint plus tard par le Caire du général El Sissi. Le deuxième, qui fait face à quelques difficultés suite au revirement américain, son tracé passe entre Doha et Ankara.

La discorde entre les frères-ennemis tient plus des « caprices de jeunes émirs non expérimentés », tel Tamim ben Hamad Al Thani du Qatar et Mohamed Ben Selman le Saoudien, qu’à un quelconque autre désaccord idéologique. Sans les intérêts colossaux qu’ils se disputent en soumettant les pays dits musulmans, cet affrontement ne serait que l’expression tapageuse d’une crise de la trentaine révolue, de deux enfants gâtés.

Pour s’assurer une domination pérenne sur les pays du Moyen orient et de l’Afrique du nord, ces deux axes se sont attelés à une entreprise de déstabilisation profonde de ces derniers, à l’image de la Syrie. Si Doha au début secondée par sa méga chaîne de propagande « El Jazzira » et la nébuleuse islamiste des frères musulman semblait mener au score, Riyad et ses alliés n’ont pas tardé à réagir en plaçant directement des juntes militaires au pouvoir comme c’est le cas en Egypte ou en corrompant les décideurs militaires des pays comme l’Algérie. Ainsi, là où les décideurs sont aux mains des Emiriens et Saoudiens, l’opposition islamiste est quant à elle téléguidée par l’axe Doha-Ankara et vis-versa.

Le mouvement islamiste algérien Rashad, rejeton du FIS dissout, est affidé à la confrérie des frères musulmans: la principale organisation œuvrant activement à la restauration du Khalifa islamique. Il bénéficie des soutiens financiers et logistiques de la Turquie et du Qatar. Les connexions de ce mouvement avec les pays de cet axe, sont visibles via les connexions de ces membres influents à l’instar de Mohamed Larbi Zitout et de Mourad Dhina avec des activistes actifs de l’internationale islamiste qui ont déjà exercé leurs « talents » dans des zones de conflits comme la Syrie.

Le premier est Hassan Ahmed El Deqqa, un chef terroriste émirien, fondateur Résultat de recherche d'images pour "حسن أحمد الدقي"

du mouvement « El Ouma » à Aby Dhabi. Ce dernier est classé parmi les organisations terroristes actives par le gouvernement émirien. Il vit en exil à Ankara, d’où il faisait des incursions ponctuelles sur le terrain syrien du temps de la guerre civile pour soutenir les factions de son parti parmi l’armée « libre » de Syrie. Il est recruté par les services secrets turcs, après que les pays de l’axe Mecque-Abu Dhabi-Le Caire l’ont fiché premier sur la liste des terroristes islamistes les plus dangereux.

Il était actif parmi les prédicateurs de DAECH en Syrie, très persuasif dans le lavage de cerveau des jeunes recrues qu’il transforme en kamikaze. Ancien cadre du ministère émirati de l’éducation nationale et vieux adepte des frères musulmans égyptiens. Il s’est enfoui de son pays, quand le vent a tourné en défaveur de cette organisation terroriste au sein d’une partie des royaumes de la péninsule arabique. Il est accueilli en Turquie par le régime d’Erdogan et chargé de superviser les groupes terroristes de Daech en prévision des conflits à venir au moyen Orient et en Afrique du nord.

Hassan Ahmed El Deqqi en Syrie parmi les combattants de Daech
Hassan Ahmed El Deqqi en Syrie parmi les combattants de Daech

Le second est algérien, Redha Boudraa El Housseini. Il se présente comme « analyste en géostratégie » affilié au centre Umayya des études géostratégiques. Une façade créée par les services secrets turcs pour dissimuler les activités

Hassan Ahmed El Deqqi et Redha Boudraa el Houssein
Hassan Ahmed El Deqqi et Redha Boudraa el Houssein

terroristes de certains de leurs agents.

La première fois qu’il apparaissait sur les radars remonte au mois d’avril 2011 quand le département américain de la défense le cite comme associé d’un terroriste saoudien d’El Qaida. Le câble révèle que cet activiste opère sous le pseudonyme de Taqi Eddin au sein d’El Qaida.

Après une formation au sein des services secrets pakistanais, il échappe à une incarcération à Guantánamo, en mettant ses compétences au service de la Turquie. Où il rencontre le fondateur de l’armée libre de Syrie, qui sera baptisée plus tard Daech.

Au début de l’agitation en Algérie, il a tenté de  calquer les scénario syrien sur la situation algérienne. Il a emprunté les éléments de langages de la guerre que mène Daech en Syrie en les accommodant avec la situation algérienne. C’est ainsi que « Ahrar El Djazaïr » (les libres d’Algérie) est devenu la référence des manifestants avec une large diffusion sur les réseaux sociaux et les télés propagandistes islamiste comme El Magharibiya et El Sharq TV. D’autres éléments de langage tel « ma3rakou El wa3you » (la bataille de la conscientisation), qui est beaucoup usité parmi les initiateurs de l’opération « zéro kabyle » constituent la littérature guerrière de ce noyaux pour miner de l’intérieur la révolte algérienne et revendiquer par la suite la paternité.

 

Mohamed Larbi Zitout en Turquie entouré de ses donneurs d'ordres
Mohamed Larbi Zitout en Turquie entouré de ses donneurs d’ordres

El Magharibïa et une myriade de télévisions satellites au service de la propagande islamiste

On dénombre pas moins de 13 stations de télévisions au service de la propagande des mouvements islamistes affidés à la nébuleuse des frères musulmans. Avec la « reine mère » El Djazeera, qui pour compenser sa perte de crédibilité à l’échelle des opinions dites « arabes », le Qatar et la Turquie ont mis en place des mini-chaines de télévisons pour couvrir les besoins spécifiques de tous les pays convoités. La majorité de ces chaines ne sont pas domiciliées sur la zone géographique sur laquelle elles diffusent. Deux d’ont El Magharibïa diffusent à partir de Londres. Cinq autres dont El Sharq TV, l’une des plus active contre le régime égyptiens, diffusent à partir d’Ankara. Les chaines qui visent le Yemen et la Jordanie sont domiciliées dans des annexes d’El Djazeera à Doha. Dans certains pays comme la Tunisie et la Libye, où les islamistes ont de forts appuis dans les arcanes du pouvoir, ces chaînes activent au grand jour.

Ces chaînes ont une double mission, la principale diffuser la propagande des frères musulmans pour déstabiliser et remplacer les régimes détenteurs du pouvoir dans les pays du moyen Orient et de l’Afrique du nord. La seconde mission est beaucoup plus subtile et sensible. Elles constituent la plaque tournante pour le financement de tous les agents de propagandes et leurs mouvements dont Rashad. Avec un budget annuel de 2 millions d’euros, ces financement passent par la masse salariale de ces chaines, pour des emplois purement fictifs ou en qualité d’analyste de la chaîne à l’instar de Mohamed Larbi Zitout, Mourad Dhina ou en core Amir DZ avec la télévision El Sharq.

Karim Tabou ou la tentation du « péché » qatarien:

Malgré une propagande digne des pratiques de Roger Ailes sur FOX News, Rashad et El Magharibïa ne sont pas parvenus à mettre la main sur le « Hirak » algérien. Deux obstacles essentiels se sont mis sur leur route:

  • Le premier et l’absence d’une figure mobilisatrice sur le terrain, directement identifiée et apparenté avec le mouvement Rashad.
  • La rue kabyle qui constituent le gros du contingent du « Hirak », qui malgré une pénétration par les slogans et l’idéologie islamiste a résisté au déraillement de ce mouvement vers une insurrection à la syrienne.

Après ce constat, le mouvement Rashad a tenté de recruter Karim Tabou pour faire d’une pierre deux coups. Avoir un visage sur le terrain et de surcroît, pénétrer le cœur de la contestation Alger et la Kabylie. C’est dans ce sens que la chaîne El Magharaibia s’est mis à pratiquer une politique d’ouverture pour permettre l’expression de toute la classe politique algérienne de l’opposition et l’ouverture à Paris d’une deuxième chaîne majoritairement en Kabyle.

Il a été approché à Paris par Mohamed Larbi Zitout, l’un des chefs de file de Rashad et puis invité en mars 2019 dans les studios d’El Djazeera pour un débat avec l’animateur vedette Fayçal El Qasem. Les séjours et les billets d’avion de l’opposant algérien sont intégralement pris en charge par la chaîne du fils de Abassi Madani, avec un bonnus de 1000 euros de défraiement pour les dépenses imprévues.

Ce rapprochement a causé la perte de Karim Tabou. Signalé par les service des renseignements de l’armée, la suite n’est un secret pour personne.

Les animateurs du mouvement Rashad sont passés de la diabolisation des « démocrates algériens » et des Kabyles en général,  à l’époque où ils étaient au FIS. Vers une tentative de séduction afin d’atteindre les objectifs de leurs donneurs d’ordres. Ils n’ont pas hésité à rebaptiser El Magharibïa, Hirak TV après qu’elle soit suspendu de diffusion par Eutelsat.

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En conclusion

La « révolution » algérienne du 22 avril est une guerre par procuration entre une oppositions islamiste soutenue par Doha et Ankara contre un régime militaire soutenu par l’axe Riyad-Abu Dhabi. Entre les deux une masse d’Algériens, disciplinés et rêveurs s’agitent sans y parvenir au changement tant souhaité. Les manettes sont ailleurs, loin, très loin des mains du peuple.

 

 

 

 

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