Kabylie Une

Lettre ouverte à Ahmed-Gaïd Salah

Ahmed Gaid Salah
Ecrit par Hichem B

Dans une lettre ouverte au chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, la Coalition de la société civile de Tizi-Ouzou interpelle le vice-ministre de la Défense et précise que la responsabilité de l’armée dans la situation actuelle est entièrement engagée. Nous reproduisons le texte dans son intégralité.

Coalition de la société civile de Tizi Ouzou

Lettre ouverte au Chef d’État-major de L’ANP

Nous nous adressons à vous,Parce que vous vous êtes donné le droit de vous adresser à nous,

Parce que vous vous êtes emparé de la fonction présidentielle,

Parce que vous voulez imposer une démarche que le peuple dans son ensemble rejette,

Parce que vous continuez à exercer sur l’Algérie la mainmise autoritaire que vous avez héritée de vos prédécesseurs.

Monsieur Le chef d’État-major,

Cette mainmise a été inaugurée par le chef d’État-major de l’ALN dès l’annonce de l’indépendance de l’Algérie en fomentant un coup d’Etat contre le GPRA qui venait pourtant, de négocier les accords d’Evian. 57 ans après, les algériens ont traversé le temps sous les fourches caudines d’un État-major qui refuse d’éloigner l’armée de la gestion politique comme l’avait adopté le Congrès de la Soummam.Monsieur le chef d’État-major,

L’emprise de l’ANP sur la vie politique, économique et sociale de l’Algérie a encouragé la naissance puis le développement d’un clientélisme sclérosant empêchant les plus compétents d’accéder aux postes de responsabilité. C’est ainsi que s’est constituée une bande de prédateurs enfouis dans toutes les institutions de l’Etat y compris dans les plus névralgiques d’entre-elles, en l’occurrence, l’Armée et la Justice. Deux classes se sont alors constituées, celle des nantis aux privilèges démesurés et celle des laissés-pour-compte constituée de la majeure partie du peuple. Cette dernière n’a jamais abdiqué mais le pouvoir a toujours réprimé ses révoltes parfois au prix du sang. Cependant, la révolution que nous vivons depuis le 22 février ne peut être freinée car il s’agit d’un sursaut de dignité d’un peuple qui ne peut plus supporter le mépris de ses dirigeants. C’est une lame de fond qu’aucun obstacle, quelle que soit sa nature, ne peut arrêter. Elle est nourrie de l’indignité et de toutes les rancœurs cumulées.

Monsieur le chef d’État-major,

Lorsque vous avez compris que le peuple était irrémédiablement contre un cinquième mandat, vous avez usé de votre position pour lui imposer de se retirer alors que vous étiez l’un de ses fervents défenseurs. Vous avez préféré sacrifier Bouteflika pour sauver le régime dont vous avez toujours été le pilier principal. Votre méconnaissance du peuple vous a fait croire que ce dernier allait vous supplier de le débarrasser de « la bande de malfaiteurs », d’autant plus que dans vos sommations à celle-ci, vous vous êtes engagé, après l’application de l’article 102, à concrétiser réellement la volonté populaire.

Monsieur le chef d’État-major,

Vous vous faites le chantre de la défense de la Constitution alors que vous la piétinez à chacune de vos interventions. Aucune disposition ne vous autorise à vous adresser au peuple ni à lui dicter sa conduite. Les attributs de l’ANP sont clairement définis dans l’article 28 de la Constitution qui stipule « L’Armée Nationale Populaire a pour mission permanente la sauvegarde de l’indépendance nationale et la défense de la souveraineté nationale. Elle est chargée d’assurer la défense de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays, ainsi que la protection de son espace terrestre, de son espace aérien et des différentes zones de son domaine maritime. » En vous immisçant dans les affaires politiques, vous violez la loi fondamentale que vous êtes sensé protéger.

Monsieur le chef d’État-major,

Non seulement vous vous êtes emparé du pouvoir politique, vous avez aussi poussé l’outrecuidance jusqu’à vous vous ériger en procureur de la République ;  vous décrétez des poursuites judiciaires contre des personnes, civiles et militaires. Or, ces dernières ne peuvent et ne doivent être enclenchées que par une justice délestée du poids des incursions politiques, administratives et militaires. Et cela ne se peut se faire que dans le cadre d’un Etat de droit. En effet, tant que l’Algérie n’a pas renouvelé ses institutions en toute démocratie, aucune arrestation de qui que ce soit ne peut détourner le peuple de la poursuite de ses revendications pacifiques.

Monsieur le chef d’État-major,

La légalité constitutionnelle sur laquelle vous vous arc-boutez pour poursuivre le processus électoral n’a plus aucun sens à partir du moment où l’échéance présidentielle est massivement rejetée par le peuple. Et pour cause, ni le Conseil de la Nation, ni l’APN, ni le Conseil Constitutionnel et encore moins le Gouvernement n’ont une quelconque légitimité.Monsieur le chef d’État-major,L’Algérie est arrivée à une étape de son histoire qui la propulsera vers le chaos ou vers des lendemains enchanteurs. Vous avez l’immense responsabilité de la mener vers l’un ou l’autre car vous présidez à l’unique institution légale. L’Armée Nationale Populaire peut inscrire en lettre d’or son nom  au panthéon de l’Histoire de notre pays en accompagnant le peuple dans le changement qu’il ne cesse d’exiger. Ce changement ne saura être effectif sans le départ de tous les symboles du système et l’instauration d’une période de transition démocratique qui aboutira à l’avènement d’un Etat de droit.

Tizi Ouzou le 10-05-2019

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Hichem B