Nna Wiza, Tameṭṭut id yurwen izem, par Abdou .K

28

Nna Ouiza , la veuve d’un martyr, la mère d’un rebelle , c’est d’abord un visage, un visage tanné par la vie, avec des entailles qui lui sont des rides, des tatouages avec une couleur , une douleur qui traduit son pays, sa patrie , la Kabylie. Un souffle qui montre qu’elle est là à travers les clivages, les sevrages, et toutes ces suggestions pénibles de l’histoire.

Ses yeux clairs sont un reflet des montagnes qui l’entourent .

Tamɣaṛt n tabɣest est muette, elle est taciturne aux vents des rémissions et d’ingratitudes qui soufflent, elle ne dit rien, elle observe, elle vous observe quand vous lui passez devant, elle donne cette allure opiniâtre d’un témoin occulte qui recherche la vérité des mains de l’opprobre !

Pas un mot, pas un soupire, elle est là sur son coin de l’ombre avec le soleil au coin de l’œil.

La montagne lui a sournoisement rendu mérite, mais le temps ne lui rendra pas son fils exilé par un pouvoir maffieux , ni son mari , tombé au champ d’honneur des mains qui ont légué le pouvoir aux premiers cités ; ni cette jeunesse arrachée comme une mauve asséchée, pas plus d’ailleurs que ses parents partis trop tôt au crépuscule de la nuit , mais elle demeure là, pour guetter, elle guette comme vous attendez vos rêves avortés.

Hélas ! Personne n’est venu, personne ne vient et personne ne viendra atténuer cette peur d’une liberté ligotée à l’éternité.

Du matin au soir, elle se met sur son banc d’un vert délavé, ses deux mains sur sa canne et regarde au loin. Seul le soir lui arrache sa posture.

Le bruit de sa canne résonne comme le
carillon du village, il est de plusieurs coups assourdissants du silence à l’aurore, au zénith du soleil et autant au silence déchirant de la nuit .

Rien ne l’ébranle , elle est la gardienne de la mémoire collective, de l’idée que le pays devait rester debout , résistant et qui préfère rompre que plier !
Et elle l’est resté, au détriment de son avenir, qui est son passé, si lourd à porter.

Repose en paix brave femme !

Abdou .K

Comments
Loading...