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Nordine Aït-Hamouda: « je suis celui qui s’est toujours affranchi des tutelles ». partie 01

Nordine Aït-Hamouda: "je suis celui qui s’est toujours affranchi des tutelles". partie 01
Ecrit par Boukhelifa Zahir

Le député indépendant de Kabylie, Nordine Aït-Hamouda nous a livré un long entretien dans lequel il est revenu sur tous les sujets d’actualités qui animent en ce moment la scène politique algérienne. Sans langue de bois ni faux fuyants, mais d’une manière sereine et réfléchie, il analyse et décortique pour nous des événements lié à la fois à sa personne d’homme politique, et de manière globale à ce que vit l’Algérie actuellement.

Kab-News:Votre absence remarquée de la scène politique et médiatique depuis le début du soulèvement populaire en Algérie est perçue différemment par les citoyens. Quelles sont les raisons de ce silence prolongé si cela ne relève pas, évidemment, de votre vie privée ?

Nordine Aït-Hamouda: Je suis un homme politique qui s’est toujours interdit la récupération et la manipulation. Dans des moments aussi sensibles dans l’Histoire d’une Nation, un acteur politique, de surcroît militant des droits de l’Homme, ne doit nullement être condescendant et éloigné.

Ma culture politique m’a appris à faire preuve de retenue et de mesure quand il s’agit d’aborder les questions qui engagement l’avenir d’une Nation.

Pour ceux qui me suivent, ils savent que j’étais parmi les premiers à réagir aux événements et à les mettre en perspective. Dès le départ, j’ai commenté l’évolution de l’actualité politique et pris les positions qui s’imposaient. Les réseaux sociaux étant plus visibles, j’ai adopté ce canal pour ma communication.

Pour les marches et autres actions de rue, j’ai préféré observer une distance par admiration et respects à ces millions de jeunes Algériens qui nous ont livré une des plus belles leçons de patriotisme et de civisme. Ils ont prouvé leur maturité à tous égards et ont montré leur capacité à construire un bel avenir dans une nouvelle Algérie si l’occasion venait à leur être donnée. Je suis conscient de la chance d’assister à ce beau moment de l’Histoire de mon pays. Je voudrais, ici, saluer cette jeunesse et gratifier son patriotisme.

Par militantisme et pédagogie politique, je pense sincèrement que le temps est venu de leur céder la place. Nous avons le devoir de les accompagner et de les protéger des manipulations sans en être paternalistes ou donneurs de leçons.

Vous comprenez, par là, que ma posture est plus celle d’un Homme politique responsable que celle d’un maquignon politique qui ne s’accommode d’aucune retenue ou morale pour rester visible. Que l’on soit clair : l’avenir appartient à cette jeunesse et toute la place dans les institutions lui revient de fait. Je n’ai aucune ambition politique ou électorale pour chercher à exister médiatiquement. Je préfère voir nos enfants investir le champ médiatique, politique et institutionnel si nous voulons voir émerger une nouvelle république. Notre génération a fait de son mieux pour asseoir le débat démocratique et imposer les voies de la liberté et des droits de l’Homme. A nos enfants de traduire ce combat en projet de société.

Certains affirment que votre proximité avec le Général Toufik, arrêté et emprisonné à Blida, est à l’origine de votre silence. Qu’en est-il vraiment ?

Ceux qui me connaissent, dans ma vie privée et publique, savent que je suis celui qui s’est toujours affranchi des tutelles. Je n’en ai jamais eu et ce n’est pas au tard de mon parcours que j’en aurai. Élevé, dans mes montagnes, à l’autonomie intellectuelle et à la liberté d’action, je me suis fait un point d’honneur de n’en faire qu’à mes convictions et à l’idéal collectif.

Je vous ai précédemment dit que je me suis prononcé régulièrement sur l’actualité politique, avant et après l’incarcération des hauts responsables politiques et sécuritaires du pays, entre autres Toufik. Avec ce dernier, la seule relation que nous avions eu, fut au temps du terrorisme abject et meurtrier. En ma qualité de chef-patriote, j’ai eu à le rencontrer, tout comme d’ailleurs beaucoup d’autres hauts officiers, dans le cadre de cette lutte qui a sauvé l’Algérie des griffes de l’intégrisme et l’a prémuni d’une dérive théocratique. Pour ma part, je continue à assumer mon opposition à l’islamisme intégriste et à éviter à l’Algérie la pire des ignominies.

Si, maintenant, vous insinuez d’autres proximités, je pense que ce sont ceux qui s’en sont le plus servis et sucrés des services de Toufik, et qu’il a lui-même promus, qui s’en renient aujourd’hui. Le patriote que je suis a su toujours rester égal à lui-même et à ne pas se compromettre. Je suis habitué aux attaques viles et calculées que je n’en fais plus un cas.

Ma position au sujet de l’incarcération de ces figures est connue et a fait l’objet d’une déclaration publique et toujours disponible sur les réseaux sociaux. Je ne connais pas la zone de pénombre et les demi-mesures. Je pense sincèrement que quelques soient les complexités et les contrariétés que les temps charrient, nous devons observer de la retenue. Je ne suis pas du genre à aiguiser mes couteaux quand un bœuf vient à être sacrifié.

Quelle lecture faites-vous des événements en cours en Algérie ? Et quel avenir prêtez-vous à cette dynamique ?

C’est tout simplement un moment historique que l’on n’est pas prêt de revivre dans un siècle. C’est une occasion donnée à l’Algérie de se refonder et d’aller vers le meilleur.

Les jeunes Algériens, épris de liberté, ont montré, dans le civisme et le pacifisme, leur capacité à construire une nouvelle république. Il y a là une chance que les tenants de la décision nationale se doivent de saisir pour faire postuler l’Algérie à l’âge adulte des nations.

C’est maintenant que commence réellement le parachèvement de l’indépendance nationale, à condition que, d’une manière responsable, l’on apprenne à cultiver les valeurs du vivre-ensemble, de la diversité et du respect mutuel. Nous avons entamé un virage historique et c’est de notre capacité à le maîtriser que dépendra l’issue de cette dynamique exceptionnelle.

Je suis convaincu que si volonté politique il y a, les jeunes sauront construire l’Algérie dont ont rêvé les Abane, BenMhidi, Krim, Ben Boulaid, Ben Bouali, Amirouche, Didouche. Bouhired et tous les martyrs qui ont versé leur sang pour cette noble terre. Les tentatives de manipulation et de division du peuple algérien ne pourront que freiner, un instant, cet élan sociopolitique extraordinaire mais jamais l’enrayer. Ils peuvent reporter la crise mais jamais la contenir.

C’est réellement la nature militaire du régime qui est remise en cause. Faut-il, d’ailleurs, rappeler que l’état-major de l’armée a toujours été la colonne vertébrale du régime qui a confisqué la souveraineté nationale et détourné, honteusement, l’une des glorieuses révolutions que l’humanité n’ait jamais connues.

La résistance de l’Etat-Major à la volonté populaire et son refus d’accompagner le peuple dans ses aspirations légitimes à la démocratie et à la paix sont le révélateur de cet état d’esprit autoritariste qui a maintenu le système par la violence, la corruption et la prédation.

Cette génération de décideurs a fait son temps, la biologie ayant fait son œuvre. Il est temps qu’elle cède sa place à cette formidable jeunesse dont ne peut qu’être fiers.

A suivre prochainement  partie 02 et Fin: Nordine Aït-Hamouda: « Le système jacobin centralisé, dernier vestige du colonialisme en Algérie »

 

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Boukhelifa Zahir