Take a fresh look at your lifestyle.

Nordine Aït Hamouda : « Ferhat est issu non seulement d’une famille révolutionnaire mais d’un aarch révolutionnaire »

777

Face à la déferlante de haine et d’invectives qui frappe la Kabylie et sa symbolique. Des voix s’élèvent pour condamner et apporter les réponses adéquates à ces attaques de charognards en mal de cadavres pétrifiés pour soigner leur haleine. Après avoir déposé plainte contre un certain Kerchouche, Nordine Aït Hamouda nous apporte ici les détails de sa démarche judiciaire. Dans cet entretien il y développe les enjeux politiques, les tenants et aboutissants de ces campagnes anti-kabyles orchestrées à l’ombre du pouvoir algérien.

  • Kab-News : Vous avez décidé de porter plainte contre un certain Fayçal Kerchouche pour atteinte à la mémoire du martyr Améziane Mehenni, père de Ferhat. Pourquoi avoir pris cette décision ?

Nordine Aït Hamouda: Effectivement. La fondation Colonel Amirouche et moi-même avons décidé de porter plainte, devant les juridictions compétentes du pays, contre le nommé Fayçal Kerchouche, journaliste de son état qui, dans une vidéo largement partagé sur les réseaux sociaux, a porté atteinte à la révolution algérienne, aux martyrs et à la vérité historique. Il y colporte des contrevérités et de grossiers mensonges sur des faits d’une rare sensibilité. Ce genre de comportement irresponsables et idéologiquement orientés, sont nourris, depuis des décennies, par des cercles anti-révolutionnaires, issus de familles de harkis, de faux moudjahidines et des nostalgiques de l’Algérie française. Quand cela ne dépassait pas le périmètre des cafés maures, on s’en est abstenus des commentaires mais quand ces manœuvres ont pris des allures de projet politique et d’événement médiatique, nous avons décidé d’agir avec toute la fermeté qu’une telle entreprise requiert. Le legs mémoriel des martyrs ne fera l’objet d’aucune concession ou complaisance de notre part. En dignes héritiers de ces dignes héros, nous nous érigerons en digue d’honneur pour repousser les assauts malveillants des révisionnistes et des charlatans de la mémoire nationale. À travers notre plainte, c’est un avertissement que nous lançons à tous ceux qui, par calcul ou par simple ignorance, s’aventureraient à vautrer la mémoire de notre révolution.

  • Avant le père de Ferhat Mehenni, c’est Abane Ramdane qui est qualifié de « traître » par le directeur de la culture de M’sila, actuellement en détention. Quelle lecture faites-vous de toutes ces attaques contre la Kabylie, mais surtout pourquoi elles ciblent la période de la guerre de libération ?

Le sursaut de dignité qui a gagné les Algériens depuis le 16 février 2019 dérange énormément les sous-traitants politiques du néo-colonialisme et les apparatchiks de tous bords. Les résistances au changement démocratiques se font insistantes et quoi de mieux que de convoquer l’histoire, en la manipulant, la vilipendant et en la falsifiant, pour troubler le présent et brouiller l’avenir de la nation? Les cercles agissant au sein des institutions sont les premiers ennemis de la vérité et des épopées de notre histoire, tant elle pourrait. Si elle est justement enseignée à la jeunesse, dévoiler leur incurie et leurs honteuses compromissions contre la souveraineté nationale. Les attaques que subit Abane et le congrès de la Soummam qu’il a grandement contribué à organiser et réussir avec des frères de lutte dont Benmhidi, Krim, Zighoud et Amirouche. Ce dernier a assuré avec ses troupes la sécurité du congrès 45 jours durant sans que l’armée coloniale française ne s’en aperçoive; donnant de fait une preuve de la performance militaire de l’ALN et de l’engagement franc de la Kabylie à réussir la révolution. Ces sales coups sont fomentés par ceux-là mêmes dont le parcours familial et personnel est plus que douteux. Malgré leurs jacqueries, Abane et les autres héros de la révolution sont dans le cœur et l’esprit de chaque authentique Algérien. L’emprisonnement des moudjahidines obéit à la même logique: éloigner l’Algérien de la vérité historique, le faire douter et lui réécrire une autre histoire, avec de faux héros, de fausses épopées et de vils desseins. Le projet de torpillage de la révolution et de ses authentiques martyrs est une entreprise vieille qui a commencé avec la séquestration, par Boumediene, des ossements d’Amirouche au sous-sol du commandement de la gendarmerie nationale de Bab Jdid. C’est à ce projet honteux que nous sommes décidés à nous opposer et à laminer. Au delà des errements et des reniements, la Kabylie, ciblée à travers cette campagne, restera le cœur battant de l’Algérie et de l’Afrique du Nord. Elle est le berceau du nationalisme fédérateur et des combats libérateurs et démocratiques. Aussi loin qu’on pourrait remonter dans les séquences de l’histoire, elle a su marquer de lettres d’or son chemin vers la gloire. Elle ne saurait être atteinte par ces braiments d’écurie.

  • La mise sous mandat de dépôt du directeur de la culture de M’sila n’a pas été du goût de plusieurs personnes qui ont soutenu « qu’il ne mérite pas l’emprisonnement et que son limogeage suffisait comme châtiment ». Selon vous y-a-t-il disproportion entre le délit et sa sanction?

Je pense que le sieur à occupé de hautes fonction dans les institutions pour savoir qu’il est de son devoir de défendre la révolution et son histoire, d’autant plus qu’il est à la tête du secteur de la culture, sensée porter cette vérité et la vulgariser sereinement dans la société. Il a gravement failli à sa mission, à l’éthique sociale et à la morale politique. Quelles qu’en soient les circonstances de son propos, rien ne l’absout de sa responsabilité entière. Sa sanction est exemplaire et juste. Elle doit servir de leçon à tous les aventuriers populistes et aux marchands du faux. La guerre des tranchées par histoire interposée a cela de vicieux: l’hypocrisie, assumée héroïquement, qui précède les actes de profanation de la mémoire se transforme en pleurnicheries et victimisation une fois l’auteur rattrapé par son forfait. Il faut sévir. On ne badine pas avec le sang des martyrs.

  • Ferhat Mehenni est un homme que vous connaissiez depuis plusieurs décennies. Jamais il n’a été attaqué sur le passé de son défunt père. Pourquoi l’ont-ils attaqué sur’ cet aspect justement ?

Vous me donnez, ici, l’occasion de témoigner sur Ferhat Mehenni, l’ami, le compagnon de lutte et le frère. Ferhat est issu non seulement d’une famille révolutionnaire mais d’un aarch révolutionnaire. Les sacrifices de la région d’Iloula Oumalou durant la guerre de libération nationale sont inversement proportionnels au volume de développement socio-économique que l’Algérie indépendante lui a consacré. Et je peux aisément généraliser le propos sur toutes les contrées de Kabylie! Mais là est une autre problématique. Ce n’est pas seulement le passé du paternel qui est glorieux mais même celui de Ferhat, le fils, est plein de hauts faits d’armes. Ses chansons, son militantisme, son attachement aux racines séculaires et son œuvre intellectuelle sont là pour témoigner de sa grandeur. S’agissant de son projet politique, je pense qu’il est suffisamment responsable pour le défendre lui-même. Aussi critique que soit notre regard sur sa démarche politique, c’est à la question suivante que tout le monde doit répondre : quelles sont les épreuves et quelles blessures ont poussé un fils de chahid, un militant invétéré de la démocratie et un patriote exceptionnel, à chercher à se détacher de l’ensemble algérien et à se donner un destin distinct?

L’Algérie ne porte-t-elle pas, à travers ces radicalismes politiques naissants, les preuves de son échec en tant qu’Etat-jacobin centralisateur?

C’est cela qui doit nous interpeller. Il demeure que seule l’histoire restera juge des Hommes politiques et de leurs œuvres. Ayant connu de viles manœuvres de diabolisation et après les avoir déjoué, je peux vous assurer que ceux qui en sont à l’origine peuvent s’avérer plus menaçants pour l’ordre et l’unité nationale que ceux que l’on accuse. Les embusqués finissent toujours par se trahir. Et c’est aux colossaux deniers dilapidés du bien national qu’on pourrait les reconnaître.

  • Ces attaques récurrentes contre des personnalités kabyles viennent soutenir un discours de haine contre la Kabylie. « Opération zéro kabyle », « zouaves », sont l’arme usitée par ces cercles contre la Kabylie. Un commentaire sur cela ?

Au risque de me répéter, je vous rappelle une évidence : l’anti-kabylisme a été une constante dans l’histoire du mouvement national. Il a nourri, depuis l’indépendance, les stratégies des tenants du pouvoir politique en Algérie. En s’attelant à isoler une région martyre et martyrisée, ils ont aggravé la fracture sociopolitique, trop béante depuis les balbutiements du mouvement national. La Kabylie a son histoire et son combat pour la protéger. Elle est le cœur battant de l’Algérie et de l’Afrique du Nord et ce ne sont pas les jérémiades de quelques islamo-nationalistes qui la feraient vaciller. Au delà de la question Kabyle, c’est de la reconfiguration institutionnelle du territoire qu’il s’agit. L’Algérie est forte de sa diversité sociale et de sa mosaïque culturelle. Et c’est cela qui doit fonder la deuxième république que la rue revendique sans ambages. Il y a lieu de s’inspirer de l’organisation régionale de la lutte de libération nationale, décidée par le congrès de la Soummam, et adopter une organisation politico-administrative nouvelle et innovante qui renforce l’unité nationale et valorise le potentiel national dans sa diversité. La Kabylie peut prétendre au leadership de cette expérience- pivot. Une chose est sûre : en se régionalisant, l’Algérie n’en sera que renforcée dans son développement et dans sa souveraineté. Et pour tout vous dire, c’est irréversible mouvement de l’histoire.

  • Une certaine députée islamiste excelle dans l’invective et l’insulte contre tout ce qui est kabyle. Malgré les efforts d’une poignée d’avocats de l’amener devant la barre, elle demeure « intouchable ». Selon vous elle doit immunité à quel cercle au sein du pouvoir algérien ?

Mouloud Mammeri dit que le jour viendra où l’on distinguera la vérité de ses faux-semblants et la bonne graine de l’ivraie. Les Algériens ont appris à débusquer les imposteurs, trop nombreux, qui s’essayent à l’invective anti-kabyle. Je n’ai pas le métier de psychiatre pour traiter les cas de schizophrénie et je ne suis pas un spadassin amateur de duels de basse-cour pour répondre systématiquement aux errements des égarés du régime algérien. D’un point de vue des principes, nul n’est au dessus de la loi et tout Algérien, quelque soit son statut, devra répondre devant la justice et l’histoire, de ses actes. Je suis, à l’évidence, sidéré et déconcerté par le laisser-aller des institutions et notamment des autorités judiciaires face aux avalanches haineuses qui s’abattent contre la Kabylie. Cette passivité complice dénote, si bien est, l’entraînement du racisme de la haine de l’autre comme strate du projet national. Ce qui nous coûtera très cher à l’avenir s’il n’est pas contenu à temps. Le projet national requiert honneur et responsabilité. Les hommes et les femmes en charge du destin national doivent comprendre qu’une citoyenneté apaisée est celle que l’on construit sur des valeurs universelles positives et non sur des reniements dévastateurs. Et la décantation finira par s’opérer : l’Afrique du Nord des régions, aux origines amazighes, rayonnant comme ensemble géopolitique est notre seul voie de salut. C’est à ce laborieux, mais ô combien salvateur projet, qu’il convient de s’atteler. Les hypothétiques manœuvres révisionnistes et les tentatives d’annexion à l’orient ou à l’occident ne seraient que peine perdue.

Comments
Loading...