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Présidentielles en Kabylie : Bouaziz Ait Chebib appelle au rejet des élections

Bouaziz Ait Chebib
Ecrit par Hichem B

Bouaziz Ait Chebib, membre fondateur l’Union pour une République kabyle (URK), appelle, dans un communiqué, au boycott de l’élection présidentielle. Dans le communiqué que nous reprenons dans son intégralité, M. Ait Chebib considère que la Kabylie n’est pas concernée ni par ces élections et encore moins par un quelconque candidat au scrutin du jeudi 18 avril 2019. 

 

Le 18 avril 2001 – 18 avril 2019

ULAC SMAH – ULAC TIFRANIN

Calquant volontairement le calendrier électoral sur le Printemps noir de Kabylie, le choix du 18 avril pour organiser un simulacre de scrutin présidentiel en Algérie constitue un nouvel acte de mépris à l’encontre du peuple kabyle.

Ce n’est pas nouveau. Le régime colonial algérien œuvre depuis toujours à détourner la Kabylie de sa mémoire historique et à la spolier de ses luttes héroïques. A l’instar de Matoub Lounès dont l’Etat algérien tente de s’approprier la mémoire et de dévoyer le combat, le choix du 18 avril, hautement symbolique en termes de lutte et de sacrifices, est loin d’être un hasard.

En tant que patriotes et citoyens kabyles, notre devoir nous impose de préserver et de défendre la mémoire de notre jeunesse assassinée par un Etat raciste et criminel ; un assassinat entamé justement un certain 18 avril 2001. C’est pourquoi nous réaffirmons avec force que le 18 avril, ce n’est pas le 5ème mandat de Bouteflika, ce n’est pas le premier mandat d’un quelconque général, ni d’un islamiste embusqué derrière un drapeau noir.

NON, le 18 avril :

• C’est le déclenchement du massacre à l’arme de guerre de notre jeunesse par l’État algérien.

• C’est l’assassinat de Massinissa Guermah dans les locaux de la gendarmerie d’At Dwala.

• C’est l’assassinat de Kamel Irchene dont le sang a gravé dans nos mémoires le mot LIBERTÉ.

• C’est 128 kabyles assassinés avec des balles explosives et des milliers d’estropiés handicapés à vie.

• C’est la Kabylie endeuillée par un État qui a fait usage de ses armes de guerre contre une jeunesse désarmée et assoiffée de justice et de liberté.

Le 18 avril est pour la Kabylie une journée de mémoire et non une journée de caution. La justice et la liberté ne peuvent s’accommoder des plans A, B ou C du régime algérien. Nous ne voulons pas d’un Etat arabo-islamiste qui nie l’identité, l’histoire et la civilisation Amazighe comme fondement historique, et indiscutable, de notre existence. Nous ne voulons pas d’une identité composite où nous serions dilués dans l’arabité et l’islamité au détriment de notre amazighité. Nous nous réclamons de Massinissa, de Jugurtha, de Dihya, de Fadhma N summer, de Laimeche Ali, de Bennai Ouali, de Mouloud Mammeri, de Bessaoud Muhend Arav, de Masin u Harun, de Kamel Amzal, de Matoub Lounes, de Katia Bengana et certainement pas de Oqba lbnu Nafaa.

Quel que soit le candidat, nous savons tous que le rôle essentiel de ces « élections présidentielles » consiste à légitimer un Etat en lui-même illégitime, non seulement pour la Kabylie mais pour tous les peuples Amazighs en Algérie. Ce simulacre de scrutin et son pseudo-vote citoyen est la négation même de la Kabylie en tant que peuple et nation, enfonçant toujours un peu plus la Kabylie dans le chaos arabo-islamiste qui constitue, pour rappel, le fondement unique et sacré de l’État algérien, comme nous l’a récemment rappelé, et à juste titre, une célèbre marionnette islamiste.

De ce fait, le rejet de toute cette mascarade présidentielle est un acte de salut pour la Kabylie. Notre salut réside dans une rupture radicale avec l’idéologie arabo-islamiste en lui refusant toute légitimité en Kabylie, à commencer par le boycott de toute élection organisée en son nom et sous son égide. La constitution algérienne est claire et précise dans ses fondements immuables. L’officialisation de Tamazight n’est qu’un leurre. L’État algérien n’a rien donné à Tamazight, il a élaboré des articles de lois pour la contrôler et brider son élan et son avancée historique malgré la férocité de sa répression.

Pour redonner une voix légitime au peuple kabyle, il n’existe qu’une seule alternative : un référendum d’autodétermination sous l’égide des instances internationales, seule à même de déterminer avec certitude le choix réel du peuple kabyle pour le statut politique et juridique qui lui sied.

La Kabylie, toujours à l’avant-garde du combat pour les libertés, a beaucoup donné et beaucoup trop sacrifié. Elle ne doit pas servir de caution à une quelconque alternance clanique ou un pseudo changement d’un système à son semblable en faisant l’objet d’une nouvelle répression de l’État algérien qui, comme nous le savons par expérience, ne réprime et n’assassine qu’en Kabylie ou dans le M’zab.

La situation est telle aujourd’hui, que nous nous retrouvons dans un contexte où tous les scénarios sont possibles. Il est vital et urgent d’aller vers une rencontre de concertation entre les différents acteurs kabyles sur les grands enjeux à court et moyen terme pour la Kabylie et d’en dégager l’essence concrète de ce qui sera fixé pour porter les voix de la Kabylie, car même si la Kabylie est politiquement plurielle, nous avons au moins la certitude que tous les courants kabyles aspirent à la liberté, à la dignité et à l’égalité, comme tous rejettent la dictature islamo-baathiste, l’assimilation et l’usurpation identitaire.

La Kabylie n’a pas d’autre choix que de fédérer ses forces pour se prémunir contre toute forme de péril pouvant anéantir son existence. Et si le peuple kabyle veut continuer à marquer son territoire de sa propre histoire et non pas être réduit à une petite province de ce monde arabe que l’on nous impose, alors il est d’ores et déjà appelé à édifier son propre État. Il reviendra au peuple souverain de Kabylie de décider si cet État doit être indépendant, autonome ou régional.

Dans l’immédiat, pour le 18 avril 2019, le peuple kabyle est appelé à honorer le Printemps noir et sa jeunesse assassinée par un État raciste et criminel qui a fait usage de ses armes de guerre contre le peuple kabyle. C’est ce même État qui a le culot d’appeler la Kabylie à cautionner ses simulacres d’élections le 18 avril 2019 afin de légitimer son pouvoir et sa répression.

Nous n’avons pas oublié le 18 avril 2001,

Nous n’avons pas oublié le printemps noir,

Nous n’avons pas oublié notre jeunesse assassinée,

Nous ne cautionnerons pas l’Etat algérien, ni aucun de ses candidats.

Kabylie, le 28 février 2019

Bouaziz Ait Chebib

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Hichem B