Procès Sadi-Ait Hamouda : le verdict attendu le 14 mars

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Le tribunal de grande instance de Paris a abrité, hier, jeudi 07 février le procès en appel de l’affaire de diffamation opposant l’ex-président du RCD au député indépendant Nordine Ait Hamouda. Pour rappel l’affaire était jugée en première instance le 17 octobre 2017, à l’issue de laquelle le Dr Sadi est débouté par le tribunal au motif de non constitution du délit selon la jurisprudence française. C’est seul que le Dr S Sadi est arrivé au tribunal vers 14h00 où l’attendait son avocat et une poignée de militants de son parti. Représenté par son avocat, le défendeur Nordine A, H était absent à l’audience. Peu avant 15H00 la présidente de la cour a ouvert la séance en appelant le plaignant à la barre. S. Sadi s’est présenté en sa qualité de simple citoyen à la retraite.

Il enchaîne sur son parcours de militant politique, en agrémentant son récit de quelques anecdotes en rapport avec sa relation avec son contradicteur du jour. Il expliqua à la cour, d’un ton un zeste paternaliste, que son adversaire était au début de leur relation d’un bord politique opposé. Il rappela qu’au moment où sa femme était à Alger pour chercher des avocats pour les défendre quand ils étaient en prison, Nordine A.H conseilla à cette dernière de chercher plutôt un croque-mort parce que c’est le peloton d’exécution qui les attend. La trame sur laquelle repose l’intervention du Dr Sadi consiste à mettre en valeur son parcours de militant démocrate et laïc intègre. En parallèle il dépeint un Nordine Ait Hamouda « sulfureux » ayant un pied dans le sérail et l’autre dans l’opposition. En résumé pour Saïd Sadi, son adversaire était au FLN, à qui il tourne le dos et rejoint les rangs de l’opposition séduit par son discours.

Mais, selon le docteur, le naturel du personnage est revenu au galop après qu’il ait décidé de mettre un terme à ses fonctions au sein du parti. Pour étayer ses accusations, la partie plaignante a appelé à la barre quatre témoins. Le premier à prêter serment n’est autre que le journaliste producteur Daniel Leconte. Ce dernier s’est attelé à définir le rôle du Dr Sadi dans l’échiquier politique algérien entre 1980 à nos jours. Au passage il manque pas d’envoyer plusieurs salves sèches à l’encontre à la fois des islamistes et des militaires. Le deuxième témoin, Philippe Val, écrivain et opposant farouche de l’islamisme, est revenu quant à lui sur l’engagement de Sadi dans la lutte contre l’obscurantisme islamiste. Dans la stratégie de l’avocat du plaignant, les deux imminents témoins français servent à situer son client à équidistance entre le régime algérien et le courant islamiste. La présidente, apparemment novice du fait algérien a concentré ses questions sur le rôle joué par les généraux Toufik et Khaled Nezzar dans cette affaire.

Idem pour l’avocat de la défense qui a posé pour tout et en tout deux questions sur ces mêmes généraux. Donnant ainsi l’impression que le procès a pris une nouvelle tournure avec au banc des accusées Khaled Nezzar et Toufik, et par extension le régime algérien. Le député Hamid Ait Said a rappelé à la cour la trahison de Nordine A, H lors des sénatoriales qu’il avait perdu alors qu’il était donné gagnant sur le papier. Il évoqua le rapport « spécial » qu’entretient son adversaire avec l’argent. Quant à l’ex-député de l’immigration Rafik Hassani, il s’est attelé à contrer l’accusation « l’armée algérienne a collecté les 75 000 signatures pour porter Sadi à la candidature de la présidentielle ». Il a rappelé son travail avec les militants de l’immigration et de différentes régions d’Algérie à la collecte de milliers de signatures. L’avocat du plaignant dans sa plaidoirie finale, a comparé le Dr Sadi à ce grain de sable, qui empêche la machine du régime algérien de fonctionner correctement. Il a essayé d’interpréter des événements kabyles, algérianistes de surcroît, à la lumière du droit français.

L’avocat de la défense s’est contenté avant sa plaidoirie de poser deux petites questions relatives aux généraux K. Nezzar et Toufik. Habilement il a exploité les réponses des témoins pour diluer la réputation de « sanguinaire » de ces deux derniers, et les présenter comme des « monsieur tout le monde » au pire des adversaires politiques. A voir la chicheté du dossier devant lui, on devine aisément sa déception de ne pas avoir eu à la barre les deux généraux comme témoin. En gros pour la défense, l’affaire se résume à « Nordine A.H a tenu des propos d’une normalité affligeante. Un directeur des renseignements offre en toute légalité un lot de terrain à un homme politique. Et l’armée, une institution républicaine, a aidé un candidat à collecter les parrainages nécessaires à sa candidature ». Ainsi les promesses d’apporter des preuves, faites par Nordine A. H au lendemain de la polémique, restent au stade de fanfaronnades médiatiques.

À l’issue du procès l’enjeu des parties consiste à convaincre du caractère diffamatoire objectif des propos tenus, ou au contraire de la banalité de ces derniers. La présidente du tribunal aurait dû demander un interprète de sous-entendus et non un traducteur. D’où la difficulté de juger une « mentalité kabylo-kabyle » dans une juridiction française. Le verdict sera rendu le 14 mars.

De Paris Z. B

 

 

 

 

 

 

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