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Rezki Rabïa, un poète kabyle raconte son Rencon’art

Rezki Rabïa poète kabyle
Ecrit par Boukhelifa Zahir

Inconditionnel du festival Racon’art, le poète Rezki Rabïa au verbe aussi vivifiant que dérangeant. Il revient dans cet entretien sur son expérience personnelle d’artiste  de cette plongée dans les tréfonds de cette aventure artistique singulière de par sa magie envoûtante en Kabylie.

Kab-News: Présent au festival Racont’art depuis son ouverture le le 19 juillet, quelles sensations éprouve un poète comme toi dans cet espace de liberté dédié à l’art, la création et le partage?

Rezki Rabïa: Maintenant , je peux dire que je suis devenu un inconditionnel de « Racont’Arts ». Je suis allé à Sahel pour la 16ème édition avec le même enthousiasme et la même joie de replonger encore une fois dans cet univers qui détonne vu le contexte un peu particulier que vit la Kabylie.

Racont’art semble suspendu dans le temps, ou plutôt suspendre le temps. Alors que la société kabyle vit une déliquescence avancée due à plusieurs facteurs endogène et d’autres exogènes dont  le système algérien allié des islamistes de tout poil, le poids des traditions archaïques et l’invasion de quasi daéchienne de l’Islam de tous les espaces public et privé. Quelle alchimie en Kabylie lors de ce festival pour renouer avec ses racines méditerranéenne?

Effectivement, ce festival est comme une pierre jetée dans la mare de cette Kabylie qui se cherche et qui cherche un point d’ancrage qu’elle a du mal à trouver. Sa volonté d’aller de l’avant semble prisonnière des rets de la tradition et de l’islam qui empêchent son envol. Tu as parlé des facteurs exogènes qui y sont pour beaucoup dans la déstructuration de la société kabyle. Oui le salafisme et le wahabisme grignotent chaque jour les espaces qui étaient jusque là plus ou moins épargnés, mais la religion en général avait déjà préparé le terrain depuis des lustres. L’état algérien a fait de la « pacification » de la Kabylie une de ses priorités. L’arabisation de l’enseignement et des administrations a accéléré le recul de la langue française qui était jusque là un rempart dans la mesure où elle était porteuse des lumières et de la raison. Par contre, il ne faut pas oublier notre responsabilité dans l’état actuel des choses, nos réflexes ataviques et nos traditions y sont pour quelque chose aussi.

Nos élites ont du mal à se départir de ce qui représente pour eux, les fondements de la société kabyle, à savoir l’ islam comme constante fixe et immuable.

« Racont’Arts » ramène dans les villages un modèle de société que tout le monde espère en son for intérieur et que très peu s’avoue : c’est ce paradoxe qui pose problème.

Le temps du festival, qui dure une semaine, la population se métamorphose comme par miracle, même si certaines réticences persistent.

Une semaine où le peuple kabyle renoue plus au moins avec ses vraies valeurs qui sont celles d’avant le monopole monothéiste (offrandes, festivités, spectacles de rue et mixité )

Pour répondre à ta question sur le comment retrouver ces temps perdus. Une seule et unique solution :sortir du giron de l’arabo-l’islamisme et tourner une fois pour toute le regard vers la méditerranée et ses rivages.

Face à ce constat amer de l’état des âmes et des choses. La société kabyle ne vit-elle pas ce festival comme le dernier soubresaut de l’agonisé avant le coup de grâce et la disparition?

Une chance que ce festival demeure indépendant et hors de toute tutelle gouvernementale, grâce à ses fondateurs Hacene Metref et Denis Martinez. Étant un festival majeur en Kabylie et même sur tout le territoire algérien. Sa disparition entraînerait indéniablement un grand vide culturel et artistique ce qui ouvrirait les portes à la « folklorisation » de la Kabylie.

Votre mot de la fin, une notre positive ne serait pas de refus ?

Je suis toujours aussi heureux de revenir à chaque édition car pour paraphraser Brel, « Pour un instant seulement je la crois… » cette Kabylie qui est capable du meilleur !

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Boukhelifa Zahir