Salah Dabouz : « les assassins du Dr Fekhar vont répondre devant la justice internationale » (entretien)

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Condamné, récemment, par le tribunal de Ghardaïa à 18 mois de prison ferme, l’avocat et militant politique Salah Dabouz revient dans cet entretien sur les détails de l’affaire dont il a été condamné avec 7 autres militants mozabites. L’avocat revient aussi sur le dossier du défunt Dr Fekhar décédé en prison.

  • Le tribunal de Ghardaïa a rendu le verdict du procès dont vous étiez accusé avec plusieurs autres militants, dont le défunt Dr Fekhar. Ce tribunal vous a condamné à 18 mois de prison ferme, une réaction de votre part ?

Me Salah Dabouz : Ce procès est pour moi une preuve que si l’appareil de justice en Algérie est de très mauvaise qualité, à Ghardaïa, il est encore pire. La justice est devenue carrément un instrument de vengeance, de règlement de comptes personnels et de protection d’une mafia locale qui est allée jusqu’à programmer la mort de braves citoyens pour la simple raison qu’ils ne voulaient pas voire leur ville et leur région sauvagement détruite par des fonctionnaires qui ne comprennent rien aux vrais valeurs humaines, et autres coutumes et culture ancestrales. Ce n’est pas normal aujourd’hui, que des citoyens de 47 wilayas en Algérie, sortent pour bannir le régime d’Alger, et crier haut et fort leur attachement à un Etat civile et non militaire, les généraux à la poubelle, Gaïd Salah dégage, et que des ministres soient chassés à travers tout le territoire nationale, sauf à Ghardaïa, ou des soient disant « notables » reçoivent des représentants des services de sécurité pour inaugurer des casernes de polices qui ne serviront qu’à perfectionner les modes de répression. Le wali de Ghardaïa Azeddine Mechri n’arrête pas de parler de séparatisme contre des militants qui le critiquent et qui critiquent ses semblables qui font leur classe de détournement de fonds publics, de torture et de fraude dans ce qui est devenu la pépinière ou le centre de formation des délinquants de l’Etat, qui prendrons après les responsabilités les plus importantes au niveau centrale tel que l’ex commandant Abdel Ghani El Hamel devenu le puissant général directeur de la sûreté nationale, l’ex Wali Abdelmalek Boudiaf, devenu ministre de la Santé, bien connu par ses opérations charlatans et j’en passe. Si nous avons pu, Hadj Brahim Aouf qui est le seul témoin oculaire de tout ce qui est arrivé à feu Kameleddine Fekhar et moi-même, sauver nos vies, c’est parce que, ce groupe de responsables qui constitue une véritable association de malfaiteurs, pensait en réalité pouvoir en finir avec nous autrement. C’est devant la justice internationale que vont rependre les Bensalem, Mechri, Bouhriche et les autres fonctionnaires qui ont liquidé feu Fekhar et qui ont essayé de nous liquider nous aussi. Car nous étions avec feu Kameleddine Fekhar et peut-être même d’autres, programmer à mourir d’une manière ou d’une autre. Fekhar a été lâchement et froidement liquidé par ce groupe de fonctionnaires qui se sont appropriés Ghardaïa et qui rendent des services énormes au pouvoir d’Alger en semant la terreur sur place, pour éliminer toute forme de résistance aux programmes de soumission totale de toute une région, pour des fins électoralistes et de trafic d’influence, en contrepartie de leur liberté d’agir sur place pour se servir et contrôler toute la société qu’ils ont clairement divisé en Ibadites et Malikites ou Arabes et Mozabites.

  • Pouvez-vous nous rappeler cette affaire dont vous êtes accusé?

Tout est partie de l’audience de Khiat Idris et Tichabet Noureddine qui étaient jugé le 25 mars 2019 pour l’accusation de meurtre du feu Omar Allot. Malgré que le tribunal criminel de Ghardaïa présidé par le juge Djamel Degdag les avait reconnu non coupable du meurtre, car la défense avait réussi à apporter la preuve de leur innocence au lieu que ce soit le parquet qui apporte la preuve de leur culpabilité, sinon, ils auraient connu le même sort que celui de Baba Nedjar Mohammed, qui est le plus ancien prisonnier politique en Algérie. Cela n’a pas empêché ce tribunal qui s’était tenu sans les jurys de les condamner à 10 ans de prison ferme, pour soit disant avoir semé l’effroi au sein de la population et créé un climat d’insécurité, en portant atteinte moralement ou physiquement aux personnes ou en mettant en danger leur vie, leur liberté ou leur sécurité, ou en portant atteinte à leurs biens. Ce groupe jugé cette semaine, avait donc critiqué cette décision, que nous avons qualifiée de décision à caractère nettement discriminatoire (raciste). Ça nous a valu une violente réaction de certains fonctionnaires de la justice à leur tête Bensalem Mohamed, ex-procureur général près la cour de Ghardaïa. Le 31 mars 2019 Fekhar et Aouf étaient arrêtés et soumis à un traitement inhumain jusqu’à la mort de Fekhar, qui n’est pas mort suite à une grève de la faim, comme veut nous le faire croire le pouvoir d’Alger, mais par un programme préparé et exécuter par une association de malfaiteurs formée, essentiellement, par des fonctionnaires de Ghardaïa dirigés par le tandem Azeddine Mechri, wali actuel de Ghardaïa et Mohammed Bensalem ex-procureur général près la cour de Ghardaïa.

  • Comment se fait-il que l’affaire du décès du Dr Fekhar n’a connu aucune suite, mais ces affaires dont il était accusé, au même titre que vous, se poursuivent ?

Dr Kameleddine Fekhar a fait objet d’harcèlement judiciaire depuis déjà plusieurs années, et l’avant dernière arrestation, survenu le 9 juillet 2015, décidé dans une réunion entre ce que j’avais appelé à l’époque « une bande de copains », car n’ayant aucune forme légale ni officielle, qui étaient Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir par le Hirak, Abdelmalek Sellal, en prison actuellement, Ahmed Ouyahia, en prison également, Bachir Tartag aussi en prison en ce moment et Ahmed Gaïd Salah, l’homme le plus contesté par le peuple en ce moment pour ne pas dire autre chose, cette arrestation, exécutée par Mohammed Bensalem, sans aucun respect des procédures judiciaires, ne serait que par leur forme, et dans laquelle deux dossiers criminels, surchargés par 18 accusations, dont au moins 5 pouvaient être sanctionnés par la peine de mort, était soldé par un avis du groupe de travail pour les détentions arbitraires du comité des droits de l’homme de l’ONU, sous le numéro 34/2017 ordonnant pratiquement au gouvernement algérien de libérer immédiatement Kameleddine Fekhar, de l’indemniser, et de lui apporter toutes les garanties nécessaires qu’il ne sera plus jamais arrêté pour les même motifs, en concluant que son dossier judiciaire ne contenait même pas des faits sur lesquels la justice pouvait assoir des accusations. Non seulement, le gouvernement avait condamné Kameleddine Fekhar pour une peine couvrant sa période de détention, pour éviter son indemnisation, mais le procureur général de Médéa, était allé jusqu’à dire que sa détention était programmée pour le protéger, et le pire, est que c’est le même Mohammed Bensalem, qui ordonna son arrestation le 31 mars 2019, pour exactement les mêmes motifs que ceux évoqués le 9 juillet 2015, en violation de l’avis 34/2017 cité plus haut, mais avec comme programme sa liquidation pour en finir avec lui. A partir de là, il est claire que l’association de malfaiteurs constituée par des fonctionnaires à Ghardaïa, et qui instrumentalise les services de sécurité et la justice, agit à sens unique, et se joue carrément des droits les plus élémentaires de tous ceux qui peuvent la gêner. Il n’est plus utile d’expliquer que dans de telles situations, il ne nous reste que la justice internationale pour faire la lumière sur ces agissements criminels. Nous ne sommes plus devant une question de procédures qui ne fonctionne pas correctement mais devant un comportement de délinquants affolés par la tournure des événements, et qui agissent aveuglement pour tenter de faire taire ceux qui les critiquent par tous les moyens et par n’importe quel procédé.

  • Qu’en est-il, au fait, de l’affaire de la mort du Dr Fekhar en prison.

Il y’a quatre choses que je considère très grave dans cette affaire :

  1. La Cour suprême couvrait ce que je considère comme une association de malfaiteurs, formée par des fonctionnaires à Ghardaïa, car elle nous a rejeté notre demande de délocalisation de tous nos dossiers vers une autre juridiction,  malgré que nous avions démontré qu’il y avait suspicion légitime car nos vrais adversaires ce sont les juges qui devaient nous juger, à leur tête l’ex-procureur général, qui donnait des ordres à tous les autres juges, en violation de toutes les lois, comme le prouve son communiqué du 8 avril 2019.
  2. C’est le même juge qui avait condamné Khiat Idris et Tichabet Noureddine, Djamel Degdag, qui est installé comme président de la section pénale à l’occasion pour nous juger, en improvisant un mouvement, en mois de juin profitant de sa fonction de président du tribunal de Ghardaïa.
  3. J’ai fait objet de menaces de l’équitation le 27 juin 2019, devant le tribunal de Ghardaïa et j’ai déposé plainte le même jours chez le procureur de la république près le tribunal de Ghardaïa, mais rien n’a été fait, jusqu’au 9 septembre 2019, quand j’ai subi une attaque à l’arme blanche le soir même de la journée où j’ai accompagné Mme Zahira Fekhar chez le procureur de la république ensuite à la prison de Ghardaïa, pour récupérer les affaires de son défunt mari, et c’est quand je suis passé déposer plainte au commissariat centrale de Ghardaïa pour agression, le 10 septembre 2019, qu’on m’a sorti l’autre plainte du 27 juin qui n’avait jamais été prise au sérieux avant.
  4. Si vous ajoutez à tout cela le refus d’ouvrir une information judiciaire par le juge d’instruction de la deuxième chambre, sans même constater le décès de Fekhar, sans identifier les plaignants et sans examiner le rapport d’autopsie, et la confirmation de cette ordonnance par la chambre d’accusations, nous pouvons dire alors très clairement, que nous sommes devant un crime prémédité par des fonctionnaires de l’Etat, en usants des lois de la république, au seins même des institution de l’Etat.
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