Statut pour la Kabylie : le CMA interpelle Tebboune

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Dans une lettre rendue publique par le bureau du congrès mondial Amazigh, le CMA invite le nouveau  chef de l’Etat algérien A.Tebboune au dialogue. Dans cette correspondance-réquisitoire les animateurs de l’instance mondiale se propose à mener des pourparlers au nom de la Kabylie et des Amazigh d’Afrique d’Afrique du nord, après avoir constitué un panel auquel le pouvoir algérien ni accès ni son mot à dire

Voici la lettre dans son intégralité

M. Abdelmajid TEBBOUNE
Chef de l’Etat algérien
Palais d’El-Mouradia, Alger, Algérie
Monsieur Tebboune,
Comme vous le savez, lors de la dernière « élection présidentielle » du 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle vous avez été porté à la tête de l’Etat algérien, le taux de participation en Kabylie fut de « 0% ». La Kabylie a donc refusé totalement et de manière unanime de prendre part au vote.
Suite à cela, vous avez laissé entendre que vous alliez « écouter et parler aux Kabyles ». Près de six mois après votre prise de fonction, vous n’avez ni écouté, ni parlé aux Kabyles. En revanche, en pleine pandémie du covid-19, vous avez fait adopter une réforme du code pénal qui vise à criminaliser l’aide traditionnelle et naturelle apportée par les Kabyles de la diaspora à leur « tamurt », leur pays d’origine, la Kabylie. Les auteurs de propos racistes et haineux tenus publiquement à l’encontre des Kabyles n’ont jamais été traduits en justice, ni sanctionnés. L’Algérie officielle a toujours traité la Kabylie de manière discriminatoire, malveillante et très souvent par la violence. Cela a été ainsi notamment en 1963, 1976, 1980, 1985, 1994, 1998, 2001, 2019, 2020… Il faut que cela cesse, M. Tebboune. La Kabylie ne peut pas continuer à endurer en silence les injustices et les agressions.
Vous avez également promis une révision de la Constitution algérienne mais ce projet ne suscite visiblement aucun intérêt et encore moins d’enthousiasme de la part des Kabyles. Ils savent par expérience que cette n-ième réforme constitutionnelle ne changera rien à la nature du régime politico-militaire qui gouverne ce pays et qui se perpétue par la répression, la corruption, la mise sous tutelle des juges et de la justice, l’obscurantisme religieux, etc. Les Kabyles ne veulent pas de ce système. Ils le disent et le répètent régulièrement depuis 1962 (date de l’indépendance de l’Algérie). Le zéro votant en Kabylie le 12 décembre dernier est un référendum grandeur nature qui exprime clairement le refus du peuple kabyle d’être opprimé et spolié de ses droits et de ses libertés.
La Kabylie est un territoire peuplé de femmes et d’hommes qui ont une histoire, une langue et une culture singulières et qui aspirent à un projet de société différent, résolument moderne, progressiste, laique, démocratique, écologique et ancré dans la civilisation autochtone amazighe.
Le projet gouvernemental algérien soumis à l’idéologie arabo-islamique et le projet kabyle-amazigh se tournent le dos et sont inconciliables. Il est impératif de reconnaitre cette réalité et de mettre en place les modalités juridiques et opérationnelles pour l’exercice du droit à l’autodétermination de la Kabylie, conformément au droit international. C’est la seule voie possible pour instaurer la paix et l’amitié durables dans ce pays.
Nous vous invitons donc M. Tebboune, à un dialogue serein et sincère sur la base de ce constat et de l’objectif de construire un avenir paisible et favorable au bien vivre ensemble dans cette région. Les pourparlers que nous vous proposons se dérouleraient en présence d’observateurs de l’UA et de l’ONU dont l’Algérie fait partie. Il nous parait essentiel de préciser dès à présent, qu’il ne vous appartiendra pas de choisir vos interlocuteurs Kabyles comme cela s’est fait jusqu’à présent. Ce sera aux Kabyles eux-mêmes de désigner selon leurs propres modalités, leurs représentants.
Nous espérons vivement que vous entendrez cet appel de la raison et de la sagesse, pour ouvrir une nouvelle page de l’Histoire de ce pays, basée sur le respect mutuel, la fraternité et la prospérité des peuples.
Veuillez agréer, Monsieur Tebboune, l’expression de notre profond respect.
Tizi-Wezzu, 15/05/2970 – 27/05/2020
Le Bureau du CMA.
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