Une petite grande dame, les poignantes condoléances de Said Sadi à Ferhat Mehenni

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Le docteur Said Sadi a rendu un vibrant hommage à Nna Wiza la mère de Ferhat Mehenni. Dans un poignant message publié sur sa page FB, le Dr Sadi a rappelé qu’il n y a pas d’age pour devenir orphelin. Voici dans son intégralité le message de condoléance du Dr Said  Sadi

La mère de Ferhat s’en est allée. Je l’ai bien connue. Elle était petite et sèche en apparence mais si grande et si généreuse de l’intérieur. Quand elle nous recevait, de jour comme de nuit, dans sa masure de Maraghna pendant nos déplacements clandestins ou ouverts, elle affichait une sérénité que pouvait lui envier des parents, hommes ou femmes, beaucoup plus jeunes.

Elle connaissait la nature de nos activités et leur dangerosité et elle s’est toujours montrée heureuse de nous voir, disponible et détendue. Elle nous protégeait en nous épargnant ses légitimes appréhensions; elle qui voyait son fils engagé dans un combat qui, dans une certaine manière, continuait celui pour lequel son époux avait donné sa vie.
Je garderai toujours ce visage tatoué, creusé par les épreuves d’une existence rude et intense, illuminé par un sourire doux et rassurant.

Quand nous arrivions, elle se dépêchait de nous mettre à l’aise en dégageant le plus d’espace possible dans l’étroite et basse maison qu’elle occupait seule. Les œufs ,les légumes, les fruits dont elle pouvait disposer nous étaient, bien évidemment, destinés. Quand nous partions, le même sourire nous suivait comme si nous devions rejoindre un centre de vacances.

Je garde d’elle un autre souvenir. Lorsque nos familles venaient nous rendre visite en prison, elle devait se mettre sur la pointe des pieds pour être à la hauteur des murets surmontés d’un grillage qui séparent les détenus de leurs proches. Perdue parmi les familles qui devaient crier pour être entendues des prisonniers, elle glissait tout au long du parloir et offrait son sourire à chacun de nous, un peu comme si nous étions tous ses enfants.

Je ne l’ai jamais entendue se plaindre ni nous informer d’un manque ou d’une difficulté. Et des manques il y en avait. Des difficultés aussi. Surtout pour elle.

Sa vie fut une succession de drames et de sacrifices qu’elle endura sans se plaindre. J’aimerais que demain, quand nos enfants vivront dans la société de liberté et de justice que nous savons voulu leur construire, ils honorent les femmes à son image. Elles ne nous ont pas seulement donné la vie, elles l’ont nourrie d’un amour qui oblige au respect de soi et des autres. Anonymes, elles ont vécu dignes et fières. Libres.
Pour avoir connu, cette douloureuse situation, je sais qu’on est un petit orphelin à tout âge. Dans cette vie où tant de choses s’égarent et se dissolvent, sois assuré, Ferhat, du partage de ta douleur.

Reposes en paix Nna Ouiza. Nous ne te reverrons plus mais tu resteras présente. Tu fus et resteras notre petite grande Dame.

Le 5 novembre

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