Yella Houha, militant chaoui : « la léthargie des Algériens a contribué à tuer Fekhar »

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Yella Houha est militant indépendantiste chaoui. Il évoque dans cet entretien l’assassinat du Dr Fekhar, mais aussi la situation des peuples amazighs d’Algérie. Pour ce militant, l’issue pour ces peuples réside dans les indépendances régionale.

  • Un an après la mort programmée du Dr Fekhar, aucune enquête n’est diligentée pourfaire la lumière sur ce crime. Pensez vous réellement que le pouvoir algérien allait ouvrir une enquête sérieuse ?

Yella Houha : L’assassinat de Fekhar est une tâche indélébile pour l’Algérie, mais aussi pour les Algériens. L’Algérie l’a exécuté et les Algériens n’ont rien fait pour empêcher cela, ce qui reste pour moi une faute impardonnable et une forme de complicité.  En plein « Hirak », ces manifestants qui voyaient pourtant bien ce qui se tramait n’ont pas réclamé sa libération. On n’a pas vu une déferlante pour sauver Fekhar et son compagnon Aouf. La léthargie de ces Algériens a contribué à tuer Fekhar. Il est vrai que Taghrdayt est à 600 km d’Alger, et puis ce n’est « qu’un mozabite » pour les Algériens. Cette lâcheté de tout un peuple me reste en travers de la gorge. Ce pouvoir ou ce système, appelez-le comme vous voulez, ne fera rien pour enquêter. L’essence de ce système réside justement dans la criminalité et l’impunité.

  • Dr Fekhar était un militant convaincu. Pourquoi, selon vous, le pouvoir a programmé et exécuté le plan de sa liquidation ?

Fekhar est devenu dangereux pour le pouvoir parce qu’il défendait son peuple, les Eth Mzab à exister en tant que tel ! C’est aussi simple que ça. Il a « aggravé son cas », si je puis dire, lors de sa venue à Paris, où il nous a rencontré Ferhat et moi-même. La photo de nous trois est devenue symbolique pour les peuples amazighs. Elle a été un coup de tonnerre et un pied de nez à ce système. D’ailleurs, un relais du pouvoir a publié cette photo avec cette question « Que leur réservez-vous » ? 99% des lecteurs de ce torchon ont répondu « 3 balles » ! Fekhar est devenu LA cible. J’ai admiré le courage de cet homme, de ce Mozabite, de ce frère. L’assassinat de Fekhar est impardonnable, je ne pardonnerai jamais à ses assassins que j’ai eu l’honneur de nommer un par un lors du rassemblement du 20 avril organisé par le MAK.

  • La communauté mozabite est cible d’attaques haineuses et racistes. Quelle issue possible pour la Vallée du M’zab?

Les Algériens sont foncièrement racistes. Nous l’avons vécu dans l’atteinte portée à nos parlers, à nos coutumes et à ce que nous sommes surtout. Les Mozabites par leur petit nombre et leur supposée richesse vivent ce racisme quotidiennement. Quant à l’issue du Pays des Eth Mazab, tu auras la réponse d’un indépendantiste convaincu et
elle est sans appel. De mon point de vue, la séparation est LA solution, la seule, l’unique ! Je rappelle que ce peuple a eu l’autonomie pendant la colonisation française, cela veut tout dire. Et, ils sont autonomes par leur mode de vie depuis des millénaires.

  • Les autres peuples amazighs d’Algérie subissent les mêmes affres de la dictature. Quelle perspective pour ces peuples opprimés ?

Ma réponse se trouve dans la question précédente. Je rajouterai que la seule issue pour nos peuples réside dans l’indépendance de chacun d’eux, quitte à refaire cette « Algérie » entre nous, à travers une sorte de fédération. Mais autour de la table, j’attends les algériens au tournant et de pied ferme. Je serai intraitable avec eux ! Rien ne viendra de l’Algérie qui a raté son indépendance, sacrifié 4 générations. Un pays incapable de fabriquer quoique ce soit après 58 ans d’indépendance n’est ni viable ni vivable !

  • Il se trouve que les peuples chaoui et kabyle ont mené seuls la lutte armée durant la guerre, mais ils se sont retrouvés marginalisés une fois l’indépendance acquise. Quelle lecture faites vous de tous ces événements ?

Je vous répondrai crûment : nous sommes les cocus de l’histoire algérienne ! Personnellement, je ne m’intéresse plus à cette histoire mille fois falsifiée. Je me projette uniquement dans l’avenir de mon peuple Chawi, tout en apportant mon soutien aux peuples frères. J’ai toujours été aux côtés de tous les Peuples qui forment la famille amazighe, que ce soient les Kabyles, les Rifains, les Eth Mzab, l’Azawad et évidement nos frères Chawis de l’Est. J’ai définitivement et radicalement banni les frontières coloniales de ma tête ! La Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont des pays occupants. De votre question je tire cette conclusion : nous les autochtones, nous avons fait la guerre à tous les colonialismes. De nouveaux pays occupants ont remplacé les précédents ! C’est du néo-colonialisme, certes sans armes, mais avec tout l’arsenal militaire, juridique et économique pour faire de nous des éternels colonisés.

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